
Maurice de Vlaminck
Il a gagné sa vie comme violoniste, remporté parfois des courses cyclistes, publié des romans, et refusé de copier dans les musées de peur d’y perdre son inspiration. Maurice de Vlaminck a peint comme il vivait, avec fougue, à la pâte grasse et généreuse, par touches larges et sûres. Ce mur couvre presque un demi-siècle, de La Seine à Chatou (1901) à un Paysage de 1950.
Une précaution d’abord : Vlaminck datait rarement ses tableaux, et la chronologie de son œuvre reste souvent incertaine. Les années inscrites sous les toiles sont des repères plus que des certitudes.
Chatou, l’année des fauves
Tout commence au bord de la Seine. Vlaminck vit à Chatou de 1893 à 1905 ; il s’y forme auprès d’un peintre local, Henri Rigalon. Le 18 juin 1900, le déraillement d’un train lui fait rencontrer André Derain, qui restera son ami pour la vie ; ils louent ensemble un atelier à Chatou. C’est Derain qui lui fait découvrir Van Gogh, dont il reprend, dans ses toiles de jeunesse, la couleur très pure « sortie du tube » et les effets de tourbillon. La Seine à Chatou et Les Canotiers à Chatou (1904) appartiennent à ces années difficiles, où, chargé de famille, il doit gratter d’anciennes peintures pour en récupérer les toiles.
1905 est l’année du scandale : au Salon d’Automne, dit « la cage aux fauves », Vlaminck fait partie des peintres qui choquent le public, avec Matisse, Derain et Dufy. Plusieurs toiles du mur portent cette date : Paysage d’automne, Barrage à Ursine près de Chaville, Paysage de banlieue et Rue sombre. Cette même année, il s’installe à Rueil-Malmaison et reste en région parisienne quand Derain part pour le Midi. Dès l’année suivante, le marchand Ambroise Vollard lui achète de nombreuses toiles.
Après le fauvisme, les ciels d’orage
À partir de 1907, Vlaminck perçoit les limites du fauvisme et découvre Cézanne. Son dessin s’en ressent, sa palette s’assombrit, et il peint une quantité de paysages aux ciels tourmentés et orageux, privés des couleurs éclatantes de ses débuts. Le titre de La Forêt et son ciel de tempête (1924) résume cette seconde manière, que l’on retrouve dans Sous-bois et La vieille rue, tous deux de 1911.
En 1925, il s’établit à Rueil-la-Gadelière, dans le hameau de la Tourillière, où il vivra jusqu’à sa mort. Les villages sous la neige, les champs de blé, les barques échouées et les voiliers du mur datent pour la plupart de ces années : Rue de village sous la neige (1928), Maisons sous la neige (1929), Barques échouées (1934), Voiliers au port (1937). Deux rencontres avec les poèmes du site méritent l’arrêt : un Paysage de 1928 accompagne La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres de Mallarmé, et La ferme aux arbres (1942), Le dormeur du val de Rimbaud.
Ces années ont aussi leur part d’ombre. En 1941, Vlaminck participe au voyage d’artistes français en Allemagne organisé par la Propagandastaffel ; en 1942, il attaque violemment Picasso dans la presse. Après la Libération, il est frappé d’une interdiction d’exposer, de vendre et de publier pendant un an. Il meurt en 1958 à Rueil-la-Gadelière, où sa tombe porte cette inscription : « Je n’ai jamais rien demandé, la vie m’a tout donné. J’ai fait ce que j’ai pu, j’ai peint ce que j’ai vu ».









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