Poème 115 – Pierre de Ronsard
Bien que sis ans soient ja coulés derriere
Depuis le jour que l’homicide trait,
Au fond du coeur, m’engrava le portrait
D’une humble-fiere, & fiere-humble guerriere:
Si suis-je heureus d’avoir veu la lumiere
En ces ans tars, pour avoir veu le trait
De son beau front, qui les graces attrait
Par une grace aus Graces coutumiere.
Le seul Avril de son jeune printans,
Endore, emperle, enfrange nostre tans,
Qui n’a seu voir la beauté de la belle,
Ni la vertu, qui foisonne en ses yeus,
Seul je l’ay veüe, aussi je meur pour elle,
Et plus grand heur ne m’ont donné les cieus.
Si ce grand Dieu, le pere de la lyre,
Qui va bornant aus Indes son reveil,
Ainsi qui d’un oeil mal apris au someil
De çà de là, toutes choses remire,