
Le Choix des armes – Alain Corneau

Deux évadés
Le film s’ouvre sur une évasion. Serge et Mickey sortent de prison avec l’aide d’un complice, et dans la fuite Mickey abat deux policiers. Serge est blessé. Ils n’ont qu’une adresse : celle de Noël Durieux, un ancien du milieu rangé depuis des années, qui élève des chevaux dans un haras des Yvelines, près de Mantes-la-Jolie, avec sa femme Nicole.
Serge meurt de ses blessures. Mickey reste. Et avec lui entrent au haras tout ce que Noël avait cru laisser derrière lui : la police, les anciens amis, les dettes d’honneur, et une violence qu’il ne reconnaît plus.
Montand et Depardieu, deux mondes
Tout le film repose sur la rencontre de deux acteurs et de deux époques. Montand, bientôt soixante ans, joue un truand de l’ancienne école, celui du code et de la parole donnée, qui a gagné assez pour se retirer et qui croit encore que le milieu obéit à des règles. Depardieu, trente-deux ans, joue Mickey, qu’on surnomme « le dingue » : un gamin de la cité des 4000 à La Courneuve, sans code, sans mémoire, qui tire parce qu’il a une arme et qui ne sait pas ce que le mot « respect » veut dire, sauf quand il le réclame.
Depardieu est prodigieux, et il le sait. Il fait de Mickey une bête blessée, bavarde, imprévisible, capable de tendresse et de meurtre dans la même minute. Montand, face à lui, joue l’économie : il bouge peu, parle bas, regarde. C’est l’affrontement d’un acteur qui remplit l’écran et d’un acteur qui le tient, et Corneau a la sagesse de ne jamais les départager.
Deneuve, et les autres
Catherine Deneuve a le rôle le plus mince des trois, celui de Nicole, l’épouse, qui a épousé un homme rangé et qui voit revenir le truand. Elle le joue avec une retenue qui convient à ce personnage de femme qui sait tout et ne dit rien. Son sort, dans le film, est le moment où tout bascule : elle meurt sous les balles, non pas de Mickey, mais d’un policier, l’inspecteur Sarlat, au cours d’un échange de tirs. Ce choix de scénario dit à lui seul la morale du film : la violence n’est pas d’un seul côté.
Autour d’eux, Corneau a réuni une distribution d’une grande richesse. Michel Galabru, en commissaire Bonnardot, est un policier bonhomme et las ; Gérard Lanvin, en Sarlat, un flic jeune, nerveux, aussi dangereux que ceux qu’il chasse. Christian Marquand, Étienne Chicot, Jean-Claude Dauphin, Roland Blanche et un tout jeune Richard Anconina complètent un tableau où chaque silhouette a son poids.
La banlieue comme un western
Le scénario, écrit par Corneau avec Michel Grisolia, emprunte au western sa structure : un homme retiré, un jeune fou qui vient troubler sa paix, un shérif qui ne vaut pas mieux que les hors-la-loi, et un duel qui ne peut être évité. Pierre-William Glenn filme le haras comme un ranch, dans une lumière d’hiver, et les tours de La Courneuve comme une ville frontière. Le tournage a eu lieu de janvier à mars 1981, et l’on sent le froid à chaque plan.
La musique de Philippe Sarde est l’une des plus belles de sa carrière. Il a écrit pour deux contrebasses de jazz, tenues par Ron Carter et Buster Williams, et pour les quatre-vingts musiciens du London Symphony Orchestra. Le jazz d’un côté, les cordes ravéliennes de l’autre : c’est exactement le film, deux mondes qui se croisent sans jamais se fondre. Le film a été l’un des premiers en France à être mixé en stéréo Dolby, et cela s’entend.
La fin d’une époque
Corneau avait commencé sa série de polars avec Montand, dans « Police Python 357 », puis l’avait poursuivie avec Patrick Dewaere dans « Série noire ». « Le Choix des armes » en est l’aboutissement, et comme une conclusion. Le polar français des années soixante-dix, celui de « Le Cercle rouge », de « Le Juge Fayard dit le Shériff » ou de « La Guerre des polices », racontait un milieu, une police, un État. Celui-ci raconte la fin du milieu tel qu’on l’avait filmé : les truands à l’ancienne sont trop vieux, les jeunes n’ont plus de règles, et la police tire sur tout le monde.
Mickey, dans la dernière partie, enlève sa propre fille et l’emmène voir la mer. C’est la seule chose qu’il ait jamais faite par amour, et c’est un enlèvement. Le film le filme sans ironie, et c’est là qu’il devient bouleversant.
Conclusion : le choix
Ce qui a vieilli, c’est une construction qui s’étire dans son milieu, quelques péripéties de genre qui retardent l’affrontement, et une présence de Deneuve trop discrète pour ce qu’elle aurait pu apporter.
Ce qui n’a pas bougé, c’est la fin. Blessé au cours d’un braquage, Mickey est retrouvé par Noël, qui avait renoncé à se venger. Sarlat l’abat. Noël désarme le policier, lui prend ses balles, l’humilie, puis le laisse partir. Avec son ami Jean, il va chercher la fille de Mickey en banlieue, et la voiture prend la route du Havre. Le choix des armes, c’était celui-là : ne pas tirer. Dans un monde qui n’en a plus, Montand y joue le dernier homme qui ait encore un code.









































































































