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La Guerre des polices – Robin Davis

La Guerre des polices – Robin Davis
Le 14 novembre 1979 sort « La Guerre des polices », deuxième film de Robin Davis. Douze jours plus tôt, le 2 novembre, Jacques Mesrine a été abattu porte de Clignancourt par les hommes de la brigade antigang, au terme d’une traque où deux polices, la brigade de recherche et d’intervention et la brigade criminelle, s’étaient disputé l’honneur de le prendre. Le film n’a pas été fait pour cela, il était tourné depuis des mois, mais il arrive sur les écrans comme une chronique de la semaine précédente. Il raconte exactement ce que les journaux racontent : deux commissaires qui se haïssent, un ennemi public qu’on poursuit, et une administration qui ne sait plus qui commande. Il attire 1,8 million de spectateurs et vaut à Claude Brasseur le César du meilleur acteur.

Deux brigades, un homme

Ballestrat, joué par Claude Rich, dirige la brigade territoriale : un policier de méthode, de procédure et de patience, qui monte ses dossiers et attend. Fush, joué par Brasseur, dirige l’antigang : un policier de terrain, de coups de poing et de portes enfoncées, qui ne lit pas les dossiers et qui a des résultats. Ils cherchent le même homme, Sarlat, joué par Gérard Desarthe, un braqueur intelligent qu’on a fait ennemi public numéro un. Le ministère leur ordonne de coopérer. Ils s’y emploient à leur manière, c’est-à-dire en se volant les indicateurs, les filatures et les arrestations.

Entre les deux, Marie Garcin, jouée par Marlène Jobert, une femme du milieu que chacun des deux camps veut utiliser, et qui est la seule à mesurer ce que cette guerre coûte. Autour, Jean-François Stévenin, Georges Staquet et François Périer, en chef de la police qui arbitre comme il peut.

Un polar à l’américaine, tourné en France

La Cinémathèque française a résumé le film d’une phrase juste : une voix nouvelle, influencée par la série B américaine, Don Siegel et Gordon Douglas, avec une violence plus crue et des personnages plus jeunes, dans un environnement qui hésite entre réalisme et stylisation. C’est exactement cela. Davis filme Paris comme une ville américaine, avec des parkings, des périphériques, des bureaux ouverts la nuit, et il monte vite, sans les temps morts que le polar français de la décennie précédente, celui de Melville, cultivait comme un art.

Le scénario, auquel a participé Jean-Patrick Manchette, le romancier du néo-polar, apporte ce que Manchette apportait toujours : une lecture politique de la violence, où la police n’est pas une institution mais une somme d’ambitions, et où l’ennemi public est surtout un prétexte. Sarlat n’est pas le sujet du film ; il en est l’enjeu.

Brasseur, Rich, et ce qu’ils se disent

Le film est un duel d’acteurs, et il a été écrit pour cela. Brasseur, à quarante-trois ans, trouve enfin le rôle qui le sort des seconds rôles de comédie et de la gentillesse : Fush est brutal, vulgaire, efficace, et Brasseur le joue avec une joie physique qu’on ne lui connaissait pas, en mâchant ses phrases, en cognant, en riant trop fort. Le César qu’il reçoit en 1980 est celui d’un acteur qu’on redécouvre.

Rich, en face, fait tout à l’inverse. Ballestrat est un homme de mots, de silences, de politesse assassine, et Rich, qui a passé sa carrière à jouer les intelligents fragiles, en fait une figure d’autorité glacée. Leurs scènes en commun, dans les couloirs du ministère ou au téléphone, sont les meilleures du film : deux manières de faire le même métier, deux morales, et aucune des deux n’a raison.

Le film leur donne à chacun sa méthode et la filme jusqu’au bout. Une arrestation par Fush, c’est une porte qui vole, des hommes plaqués au sol, un suspect que l’on frappe dans un couloir et que l’on fait parler avant l’arrivée de l’avocat. Une arrestation par Ballestrat, c’est une planque de trois jours, un dossier que l’on complète, un mandat en règle et un suspect qui n’a rien à dire parce que tout est déjà écrit. Davis ne dit pas laquelle est la bonne. Il montre que la première produit des résultats et des morts, la seconde des procédures et des vides, et que les deux commissaires, au fond, ont besoin l’un de l’autre pour exister : sans Fush, Ballestrat n’aurait personne à mépriser, et sans Ballestrat, Fush n’aurait personne à devancer.

Marlène Jobert a le rôle ingrat, celui de la femme entre deux hommes qui ne pensent pas à elle. Elle en fait quelque chose de précis et de fatigué, et sa dernière scène est la seule du film qui parle d’autre chose que de police.

Ce que le film dit de 1979

La France de Giscard est un pays où la police est devenue un sujet. Mesrine a passé deux ans à narguer les brigades en donnant des interviews ; la loi Sécurité et Liberté se prépare ; et les affrontements entre services, jusque-là secrets, sont devenus publics. « La Guerre des polices » arrive dans ce moment et le fixe. Il ne prend pas parti, ou plutôt il en prend un : celui de dire que la question n’est pas de savoir si la police est bonne, mais de savoir pour qui elle travaille quand elle se bat contre elle-même.

La fin va au bout de cette logique. Fush abat Sarlat, et meurt lui-même, dans une séquence de fusillade sèche et sans musique. Ballestrat reste, avec son dossier. Le film ne dit pas lequel des deux a gagné, et l’on comprend que la réponse n’importe pas.

Une décennie de polars

Le film s’inscrit dans une série : « Police Python 357 » de Corneau en 1976, « Le Juge Fayard dit le Shériff » de Boisset en 1977, et bientôt « Le Choix des armes ». Le polar français des années soixante-dix a pris la relève du cinéma politique, en racontant l’État par ses marges, et Davis en est l’un des noms secondaires, mais pas l’un des moindres. Il tournera ensuite « Le Choc », avec Delon, et « J’ai épousé une ombre », avant de passer à la télévision.

Le film a eu une postérité discrète. Il a été peu réédité, et ceux qui l’ont vu à sa sortie l’ont gardé comme un souvenir précis de ce que le cinéma français savait faire quand il ne craignait pas de ressembler à ce qu’il aimait.

Conclusion : la guerre continue

Ce qui a vieilli, c’est un scénario qui juxtapose plus qu’il ne construit, des seconds rôles esquissés, et une mise en scène qui emprunte ses effets sans toujours les digérer. « La Guerre des polices » est un film d’imitation, et il ne s’en cache pas.

Ce qui n’a pas bougé, c’est le sujet, et la manière dont deux acteurs le portent. Le film a été rattrapé par l’actualité à sa sortie ; il l’est encore chaque fois qu’une affaire révèle que des services de police se sont fait la guerre au lieu de faire leur travail. Brasseur et Rich, quarante-cinq ans après, sont toujours là, chacun dans son bureau, chacun avec sa méthode, et le spectateur, toujours, hésite entre les deux.

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