
Les Desdains D. M. D. M. – Tristan L’Hermite

DIANE si vous estes belle
Autant que la sœur du Soleil ;
Vostre courage est tout pareil,
Ie vous treuue aussi fiere qu’elle.
Encore aima-t’elle autrefois,
Et bien qu’elle errast par les bois
De tant d’austerité pourueuë ;
Ce cœur außi froid qu’vn glaçon
Fondit à la premiere veuë
Des beautez d’vn ieune garçon.
La nuict, abandonnant sa Sphere,
Elle va voir vn autre Amy,
Qu’elle tient tousiours endormy
Pour mieux celer ce doux mistere.
Quand le iour la fait desloger
D’entre mes bras de ce Berger,
Dont son ame est si fort esprise ;
On la void se décolorer,
Moins de crainte d’estre surprise,
Que d’ennuy de se retirer.
Mais quelque esclat qu’ait le merite,
Quoy qu’il ait d’aimable & de doux ;
Il n’est point icy bas pour vous
D’Endimion, ny d’Hypolite.
Il n’est point pour vostre beauté
D’assez aimable nouueauté
Dans le Ciel ny dessus la Terre :
Les grands Cœurs & les beaux Esprits
Qu’enfantent la Paix & la Guerre,
Vous sont des Objets de mespris.
Amour, que vostre beau visage
À force luy mesme d’aimer,
Ne sçait plus pour vous enflammer
Quel charme il doit mettre en vsage.
Außi croy-ie obseruant tousiours
L’air de vos desdaigneux discours
Et la froideur de tous vos gestes ;
Que s’il offroit dessus vos pas
Le plus beau de tous les Celestes,
Vous ne le regarderiez pas.
L’autre iour à la promenade
Vos yeux se destournoient des fleurs,
Refusant mesmes aux couleurs
La grace de la moindre œillade.
Le chant innoncent des oyseaux,
Le confus murmure des eaux
Vous sembloit donner quelque attainte ;
Le bruit des feuilles d’alentour
Glaceoit tout vostre sang de crainte
Que le vent vous parlast d’amour.
Telle estoit la Nimphe obstinée
À fuir tout ce qui l’aimoit,
Qu’Apollon iadis reclamoit
Sur les riuages de Penée.
Et telle estoit cette Beauté,
Ce Prodige de cruauté
Que Salamine auoit veu naistre :
Et qui peut sans ressentiment
Aperceuoir de sa fenestre
Le desespoir de son Amant.
Mais la mort d’Iphis fut vangée
De cette ame sans amitié ;
Le Ciel n’en eut point de pitié,
L’ingrate en pierre fut changée.
Craignez donc vn peu son couroux,
Pour mesme crime, il peut de vous
Faire quelque roche ou quelqu’arbre.
Mais vos destins sont arriuez,
Nature a desia fait de marbre
Tous les membres que vous auez.
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