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Tristan L’Hermite — Le poète qui a tout perdu au jeu

Tristan L’Hermite — Le poète qui a tout perdu au jeu

vers 1601 — 1655

Par un sort dont les cruautés
Affligent toutes les Beautés
Qui méritent d’être adorées ;
Toujours les femmes comme vous…

La belle captive

Il a été page, soldat, exilé, gentilhomme de Gaston d’Orléans, auteur dramatique à succès — et joueur. Joueur au point d’y engloutir tout ce qu’il gagnait, et de finir sa vie logé par charité chez le duc de Guise.

Il a raconté cela lui-même dans un roman, Le Page disgracié, l’une des premières autobiographies de la littérature française, et l’une des plus franches.

Un baroque, c’est-à-dire un inclassable

Il écrit entre Malherbe et Corneille, à un moment où la poésie française hésite encore. Sa tragédie La Mariane, en 1636, connaît un triomphe comparable à celui du Cid l’année suivante — puis Corneille prend toute la place, et Tristan disparaît de l’histoire officielle.

Il a fallu attendre le XXe siècle et les travaux sur le baroque pour qu’on le relise. On y a découvert un poète du trouble, des reflets, de l’eau, des miroirs, des choses qui ne tiennent pas en place.

L’eau, le sommeil, le double

Ses grands poèmes sont des états intermédiaires. Le Promenoir des deux amants — que Debussy mettra en musique trois siècles plus tard — décrit une eau si calme qu’elle devient un autre monde. Les Plaintes d’Acante tiennent sur la même hésitation entre le rêve et la veille.

Et il sait être drôle : « Les Médecins téméraires », « La Gouvernante importune », « Les soins malconsidérés » sont des pièces d’humeur, écrites par quelqu’un qui avait de bonnes raisons de se méfier des uns et des autres.

Une note sur le texte

Les poèmes réunis ici viennent d’une édition ancienne et gardent la typographie du XVIIe siècle : le u et le v y sont interchangés, le i sert de j. On lit « Ie pourray » pour « je pourrai ». Cela déroute trois vers, puis l’œil s’habitue — et l’on y gagne quelque chose de la matière du temps.

Choix de textes

Pour le lire

Les Plaintes d’Acante (1633) · Les Amours (1638) · La Lyre (1641).

La Mariane (1636) — la tragédie qui a triomphé un an avant Le Cid.

Le Page disgracié (1643) — l’autobiographie d’un joueur, et l’un des premiers romans à la première personne.

Guillain Méjane

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