
Achille Segard — Le critique d’art qui écrivait des vers

1872 — 1936
Petite brune au corps nerveux,
Jarrets tendus, reins vigoureux,
Cuisses dures, hanches étroites,
Jambes fines, longues et droites,
D’après Goya
Le titre dit la méthode : d’après Goya. Il regarde un tableau, et il en fait un poème — non pas une description, mais une transposition, où le vers court à huit syllabes imite le trait du dessinateur.
C’est logique : Achille Segard a été l’un des critiques d’art les plus sérieux de son temps. On lui doit notamment le premier livre important consacré à Mary Cassatt, et des études sur les peintres de la femme et de l’enfant.
Voir avant d’écrire
Cette double pratique se sent partout dans ses vers. Il compose par plans, il pense en valeurs, il commence toujours par ce qui se voit.
L’Espagne
Une part importante de son œuvre est un voyage : Cadix, Cordoue, Tolède, Fontarabie, la tombe de Philippe II, Damas plus loin. C’est l’Espagne des musées autant que celle des routes — celle qu’on connaît d’abord par Goya, par Vélasquez et par le Prado, et qu’on va ensuite vérifier sur place.
Et quand il quitte le visible, c’est pour aller vers quelque chose de très direct. « Quand le désir affleure aux pupilles d’un homme » : le vers pose le fait, sans métaphore, avec la précision d’un observateur qui a passé sa vie à regarder des visages peints.
Un homme de son temps, oublié comme lui
Il a écrit du théâtre, des romans, de la critique, des vers — la carrière complète de l’homme de lettres de 1900. Rien de tout cela n’a survécu à la guerre de 1914, qui a emporté le monde où ces carrières avaient un sens.
Il est mort en 1936. Ce qui reste ici vaut nettement mieux que l’oubli où il est.
Choix de textes
- D’après Goya — Un tableau transposé en octosyllabes. Le vers court imite le trait.
- Cadix — L’Espagne, vue par quelqu’un qui la connaissait d’abord par la peinture.
- Tolède — La ville du Greco, chez un homme dont c’était le métier de regarder.
- La Tombe de Philippe Deux — L’Escurial, et un roi qui s’était fait bâtir un tombeau en forme de gril.
- Sur le chemin — Un titre de tableau pour un poème qui compose par plans.
- Quand le désir affleure aux pupilles d’un homme — Le fait posé sans métaphore, par un observateur professionnel des visages.
- La Hantise des Yeux — Le sujet de toute sa vie, nommé une fois pour toutes.
- Violoncelle, ô voix humaine transformée — Il quitte la peinture pour la musique, et ne perd rien de sa justesse.
- Ô mon enfant, pardonne à ce cœur trop puni — Le versant intime, où la maîtrise cède un peu.
- Crépuscule emmi les ruines — Le vieux mot « emmi » pour dire « parmi » : l’archaïsme assumé de 1900.
Pour le lire
Mary Cassatt, un peintre des enfants et des mères (1913) — le premier livre important sur l’artiste.
Les Voix intérieures · Itinéraire — les recueils de vers.
Aucune édition courante à ce jour.
Guillain Méjane























