Sélectionner une page

Georges Eekhoud — Le romancier qu’on a jugé, et qui avait commencé en vers

Georges Eekhoud — Le romancier qu’on a jugé, et qui avait commencé en vers

1854 — 1927

Sainte forêt, vieux temple où la nature prie,
Vois, je reviens m’asseoir sous tes sombres arceaux,
Car c’est ici qu’après l’orage de la vie,
Je prépare mon âme au calme des tombeaux.

La Forêt

En octobre 1900, un écrivain belge de quarante-six ans comparaît devant les assises de Bruges. Son roman Escal-Vigor, paru l’année précédente, raconte l’amour d’un châtelain pour un jeune paysan. On l’accuse d’outrage aux mœurs.

Il est acquitté. Verhaeren, Maeterlinck, Rodenbach, Lemonnier ont signé pour lui. C’est l’un des tout premiers procès littéraires pour homosexualité en Europe, et l’un des rares que l’accusé ait gagnés.

Avant les romans

Ce que le Vagabond réunit ici est antérieur : le jeune homme des années 1877-1883, qui écrit des vers avant d’écrire des livres. Myrtes et cyprès, Zigzags poétiques, Les Pittoresques.

On y trouve tout le romantisme belge de l’époque : la forêt sainte, la tombe des parents, l’amour perdu, les soirs de septembre, les paysages de la Campine. C’est bien fait et cela pourrait être de n’importe qui.

Sauf que

Sauf que non. Lisez les titres : « La Chanson de l’Homme fort », « C’était, je vous l’ai dit, un grand et fort garçon », « Johnny », « Elle avait dix-sept ans, on la nommait la Guigne ».

Vingt ans avant le procès, le sujet est déjà là, entier : les corps qui travaillent, les débardeurs du port d’Anvers, les gamins des rues, ceux qu’on ne regarde pas. Il les regarde avec une attention qui n’est pas de la pitié sociale — c’est autre chose, et cela se sent dès le premier vers.

Toute son œuvre à venir tient dans ces poèmes de jeunesse. C’est ce qui les rend précieux : on assiste à quelqu’un en train de trouver ce qu’il aura à dire pendant cinquante ans.

Anvers

Orphelin tôt, élevé par une grand-mère, écarté de la maison, il a été typographe et journaliste avant d’être professeur. La Flandre populaire de ses livres — Kermesses, La Nouvelle Carthage — il l’a d’abord habitée.

Il est mort à Bruxelles en 1927, respecté, décoré, et soigneusement oublié pendant le demi-siècle suivant.

Choix de textes

Pour le lire

Myrtes et cyprès (1877) · Zigzags poétiques (1877) · Les Pittoresques (1879) — les vers de jeunesse réunis ici.

Kermesses (1884) · La Nouvelle Carthage (1888) — les romans de la Flandre populaire.

Escal-Vigor (1899) — le livre du procès de Bruges, réédité et disponible aujourd’hui.

Guillain Méjane

Archives par mois