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François Villon — Le premier qui ait écrit avec sa peau

François Villon — Le premier qui ait écrit avec sa peau

1431 — après 1463

Frères humains qui après nous vivez
N’ayez les cœurs contre nous endurcis,
Car, se pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tost de vous merciz.

Ballade des pendus

Il parle. C’est cela qui stupéfie encore, cinq siècles et demi plus tard : au milieu d’une poésie française qui allégorisait, blasonnait et rimait des roses, quelqu’un s’est mis à parler.

Il parle de sa mère qui ne sait pas lire, de son argent qu’il n’a pas, du froid, de la corde qui l’attend, des filles qu’il a connues et qui ont vieilli. Il dicte son testament en léguant ce qu’il ne possède pas, et il fait rire, et c’est atroce.

Ce qu’on sait, et ce n’est pas beaucoup

Né en 1431, l’année où l’on brûle Jeanne d’Arc. Maître ès arts de l’Université de Paris à vingt et un ans, ce qui fait de ce voyou un clerc lettré. Un prêtre tué dans une rixe en 1455. Le cambriolage du collège de Navarre. La prison d’Orléans, celle de Meung-sur-Loire, la torture à l’eau. Une condamnation à être pendu, commuée en dix ans de bannissement le 5 janvier 1463.

Après quoi, rien. Il sort de Paris et il sort de l’histoire, à trente-deux ans, sans une ligne de plus.

La Ballade des pendus

Il l’a écrite en attendant la corde, en s’imaginant déjà dessus, en se regardant pourrir. « Et nous les os, devenons cendre et pouldre. » Personne n’avait fait cela avant lui et il n’est pas certain que quiconque l’ait refait.

Ce qui la sauve du macabre, c’est qu’elle ne demande pas grâce : elle demande qu’on ne rie pas. « De nostre mal personne ne s’en rie. » Il n’implore pas les vivants, il les rappelle à ce qu’ils sont — des frères, et bientôt la même chose que lui.

Note sur ce que vous allez lire

Les textes sont donnés dans leur graphie ancienne, celle des vieilles éditions : gist, vueille, plus tost. Ne vous en effrayez pas — lisez à voix haute et tout se remet en place, car cette langue s’entend mieux qu’elle ne se voit.

Y figurent aussi Les Repues franches, ces farces en vers sur l’art de manger sans payer, longtemps imprimées sous son nom. Les érudits les lui retirent aujourd’hui ; on les garde ici parce qu’elles ont fait partie de sa légende pendant quatre cents ans, et parce qu’elles sont drôles.

Choix de textes

  • Ballade des pendus — Écrite en attendant la corde. Elle ne demande pas grâce : elle demande qu’on ne rie pas.
  • Poésies diverses — Le quatrain fait en attendant d’être pendu. Quatre vers, et tout Villon dedans.
  • Des proverbes — Trente-six proverbes enfilés sur un seul « tant ». Une machine, et elle tourne.
  • Double ballade — La ballade dédoublée, forme longue — il y déroule ses exemples et ses rancunes.
  • Ballade des escoutans — Il s’adresse à ceux qui écoutent, c’est-à-dire à nous.
  • Cy fine le testament Villon — La dernière page du Testament : il se met lui-même en terre.
  • L’envoi — Le quatrain final qui referme une ballade, forme dont il a fait un art.
  • L’acteur — Des Repues franches : comment dîner à Paris sans un sou. Une leçon pratique.
  • De l’épidémie — Toujours les Repues — la faim traitée en farce, ce qui est la seule façon.
  • Colletet — Non pas de lui, mais sur lui : ce que le XVIIe siècle faisait de sa mémoire.

Pour le lire

Le Lais (1456) et Le Testament (1461) — les deux livres, et il n’y en a pas d’autres.

Poésies complètes — disponible en Livre de Poche, en GF-Flammarion et en Poésie/Gallimard, presque toujours en français moderne en regard.

À lire ensuite : ce que Gautier et les romantiques ont fait de lui en le redécouvrant.

Guillain Méjane

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