
Valère Gille — Le Belge qui a choisi la Grèce

1867 — 1950
Ô terre de Pallas, terre auguste et sacrée,
Promontoires fameux, sommets couverts d’autels,
Salut ! salut, ô toi, bienheureuse contrée,
Séjour des Immortels !
Hellas
Regardez les titres de son corpus : Hellas, Hésiode, Salamine, Méléagre, Ménalkas, Le Satyre, Épithalame. Un poète belge de la fin du XIXe siècle qui n’écrit que la Grèce.
Ce n’est pas de l’évasion : c’est une position littéraire. Pendant que ses compatriotes inventaient le symbolisme brumeux — Rodenbach, Maeterlinck, les béguinages et les canaux —, Valère Gille a choisi la lumière, la ligne et la mesure.
La Jeune Belgique
Il appartient à cette revue qui, dans les années 1880-1890, a fait exister une littérature belge de langue française. On y trouvait de tout : des naturalistes, des symbolistes, des parnassiens. Gille était du dernier groupe, et il le resta jusqu’au bout.
Sa carrière fut celle d’un homme de lettres accompli : La Cithare en 1897, des prix, l’Académie royale de Belgique, une longue vie. Il est mort en 1950, à quatre-vingt-trois ans, dans une Europe qui n’avait plus rien à faire des hymnes à Pallas.
Ce qui reste d’un parnassien
On peut trouver cette poésie datée. Elle l’est. Mais elle a une qualité que les modes n’atteignent pas : la justesse de la coupe. « Ô terre de Pallas, terre auguste et sacrée » — trois alexandrins puis un vers de six syllabes qui referme la strophe comme un couvercle. Cela s’apprend, et peu de gens l’ont su.
Le corpus réuni ici tient d’un seul tenant : les poètes (Hésiode, Pindare, Eschyle, Sophocle), les dieux (Pan, Artémis, Apollon naissant, les Néréides), les batailles (Salamine, les Thermopyles, les Barbares) et les jardins d’Akadémos. C’est une Grèce complète, chez un poète qu’aucune anthologie ne rouvre.
Choix de textes
- Hellas — Le salut à la Grèce, et une strophe qui se referme comme un couvercle.
- Hésiode — Le poète des travaux et des jours, invoqué par un Belge de 1890.
- Salamine — La bataille navale, sujet parnassien par excellence.
- Les Thermopyles — Trois cents hommes dans un défilé. Le sujet résiste à tout, même à la rhétorique.
- Les Plaintes de Sappho — Il prête sa voix à celle dont il ne reste que des fragments.
- Le Satyre — La figure du bois et du désir, sans le trouble décadent de ses contemporains.
- La Source — L’eau claire, le motif le plus simple et le plus difficile.
- La Douleur d’Héraclès — La tunique de Nessus, et un héros qui n’en peut plus.
- Les Jardins d’Akadémos — Le lieu où l’on pensait, devenu un paysage.
- L’Âge d’or — Le rêve de tout parnassien : un temps où la mesure allait de soi.
Pour le lire
La Cithare (1897) — son livre le plus connu.
Le Collier d’opales (1889) · Le Château des merveilles (1893).
Membre de l’Académie royale de Belgique. Aucune édition courante à ce jour.
Guillain Méjane























