
Joachim Du Bellay — Celui qui a défendu le français et fini en latin

vers 1522 — 1560
Mais non, j’y pense à propos, c’est le nom de Colombe
qui sied à ta beauté et à ton caractère.
Le surnom de Faustine
En 1549, à vingt-sept ans, il publie la Défense et illustration de la langue française : un manifeste qui somme les poètes d’abandonner le latin, cette langue morte des pédants, et d’écrire dans la leur.
Dix ans plus tard, il écrivait ses plus beaux poèmes d’amour en latin.
Rome
Entre les deux, il y a l’Italie. En 1553, il part à Rome comme intendant de son cousin le cardinal Jean Du Bellay. Il y reste quatre ans, s’y ennuie, y tombe malade, y devient sourd, et en rapporte les deux livres pour lesquels on le lit : Les Regrets et Les Antiquités de Rome.
« Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage » vient de là. Le vers le plus célèbre de la Renaissance française est un vers d’homme qui veut rentrer chez lui.
Et le latin, quand même
Ce que le Vagabond réunit ici est le versant qu’on n’enseigne jamais : les Poemata, ses vers latins. Une bonne partie tourne autour d’une Romaine qu’il appelle Faustine — mariée, gardée, enlevée, inaccessible — et forme un canzoniere latin d’une liberté que le français ne lui permettait pas.
Les titres disent tout : Votum ad Venerem, un vœu à Vénus ; In durum janitorem, contre le portier trop dur ; Ad fabullam cur amatoria non scribat, à Fabulla, pour lui expliquer pourquoi il n’écrit pas de vers érotiques. C’est de la poésie amoureuse antique, écrite au XVIe siècle, par l’homme qui avait demandé qu’on cesse d’écrire ainsi.
Faut-il crier à la contradiction ? Il l’a devancée : le latin, disait-il, était sa langue de l’intime et le français celle du public. On peut aussi remarquer plus simplement qu’un manifeste de vingt-sept ans n’engage pas un homme de trente-cinq.
Chaque poème deux fois
Le corpus réuni ici a une particularité qu’il faut signaler : chaque pièce y figure deux fois, sous son titre latin et sous sa traduction française. In durum janitorem et « Contre un portier insensible », Somnium et « Songe », Votum ad Venerem et « Offrande à Vénus ».
C’est l’occasion, rare, de lire un vers et sa version côte à côte. Ferrea jam nostras admittunt claustra querelas devient « Tout de fer qu’ils soient, les verrous accueillent mes plaintes ». On voit ce que la traduction gagne et ce qu’elle laisse : le distique élégiaque disparaît, la plainte reste.
Anjou
Rentré en France, sourd, en procès avec sa famille, il meurt à Paris en janvier 1560, à trente-sept ans, d’une attaque, la nuit, à sa table de travail.
Choix de textes
- Le surnom de Faustine — Il cherche un nom pour celle qu’il aime, et trouve Colombe.
- Que le nom de Pandora eût mieux convenu à Faustine — Le revers du précédent. Il change d’avis, et le poème est meilleur.
- In durum janitorem — Le latin : contre le portier qui garde la porte, topos antique repris avec humeur.
- Contre un portier insensible — Le même, en français. À lire juste après, pour voir la traduction à l’œuvre.
- Votum ad Venerem — Un vœu à Vénus, dans la langue même qu’il avait demandé d’abandonner.
- Offrande à Vénus — Sa version française — et « Le vœu accompli » en donne la suite.
- A Fabulla, pourquoi il n’écrit pas des vers érotiques — Il s’explique longuement de ne pas faire ce qu’il est en train de faire.
- Qu’avec Faustine sont emprisonnés Vénus et l’amour — Elle est enfermée, donc l’amour l’est aussi. La logique galante poussée au bout.
- L’enlèvement de Faustine — Le roman romain a son coup de théâtre : on la lui prend.
- La patrie regrettée — Le Patriæ desiderium en français — l’Anjou vu de Rome, le motif des Regrets.
Pour le lire
Défense et illustration de la langue française (1549) — le manifeste qui somme d’abandonner le latin.
Les Regrets et Les Antiquités de Rome (1558) — les quatre années romaines, et « Heureux qui, comme Ulysse ».
Poemata (1558) — ses vers latins, dont les Amours de Faustine. C’est ce versant que le Vagabond réunit, en traduction.
Guillain Méjane























