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L’enlèvement de faustine – Joachim Du Bellay

L’enlèvement de faustine – Joachim Du Bellay

Telle qu’autrefois Proserpine sur un char infernal, pendant qu’à
l’aventure elle errait, ô Enna, par tes ravins boisés,

ainsi, de nuit, tout récemment, on a enlevé Faustine en voiture, pendant
qu’elle laissait ouverte–ah! folie!–la porte de sa maison.

On l’a enlevée, malheureux que je suis! Dans un cachot impénétrable on
l’a enfermée, et maintenant elle gémit dans le lit odieux d’un époux.

Et maintenant, lui, ce rustre, comme s’il avait enlevé une vierge il
triomphe, hélas, et il se réjouit de ma peine,

tandis qu’une pauvre mère affolée court par la ville et passe la nuit
devant des portes inconnues

en n’appelant que toi, Faustine, en cherchant ta retraite, comme chercha
sa fille, à ce qu’on dit, la bienfaisante Cérès.

Quant à moi, que le cruel Désir brûle d’un feu constant, je suis hors de
moi, comme une bacchante qu’excite son dieu familier.

Et je n’hésiterais pas, non! Dût-on même briser des portes de bronze et
faire sauter à coups de poing, dans la nuit, de solides verrous,

j’entrerais chez toi avec des armes. Ou bien, s’il fallait qu’à ce point
la Fortune poussât ma peine, je subirais jusqu’au bout les chaînes de
l’audacieux Pirithoüs.

V

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