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Germain Nouveau — Celui qui a choisi de mendier

Germain Nouveau — Celui qui a choisi de mendier

1851 — 1920

Quelqu’un qui jamais ne se trompe,
M’appelle juif… Moi, juif ? Pourquoi ?
Je suis chrétien, sans que je rompe
Le pain bénit à son de trompe,

Juif

En 1874, il part à Londres avec Rimbaud ; ils y copient ensemble le manuscrit des Illuminations. Il est l’ami de Verlaine, le camarade des Zutistes, un poète dont tous les autres reconnaissent le don.

Et il a fini sa vie à mendier sur les routes de Provence, à la porte des églises, refusant l’argent qu’on lui offrait et brûlant ce qu’il écrivait.

La rupture

En 1891, une crise mystique le fait interner quelques mois. Il en sort transformé : il démissionne de son poste, distribue ce qu’il possède, et décide de vivre d’aumônes. Ce n’est pas une déchéance subie — c’est une décision, tenue pendant près de trente ans, contre l’avis de tous ses amis.

Il refuse aussi de publier. Quand La Doctrine de l’Amour paraît en 1904 par les soins de ses proches, il fait tout pour empêcher la diffusion et exige qu’on retire son nom.

Ce qu’il y a dans les poèmes

Le paradoxe est qu’ils sont d’une gaieté extraordinaire. La langue est vive, familière, pleine de jeux de sons, de coq-à-l’âne, de gentillesse. « Juif » est un poème d’humeur écrit par quelqu’un qu’on avait mal nommé, et qui répond en riant.

Sa poésie religieuse est du même ordre : jamais doctrinale, jamais lourde. « Prière », « Dieu », « Ex voto » sont des textes d’un croyant qui parle sans intermédiaire, et qui a gardé de sa jeunesse parnassienne une oreille très sûre.

Il est mort à Pourrières en 1920, dans la maison de son enfance, après avoir refusé jusqu’au bout d’être un homme de lettres.

Choix de textes

  • Juif — Il répond en riant à quelqu’un qui l’avait mal nommé. Le ton exact de sa poésie.
  • Prière — Un croyant qui parle sans intermédiaire, et sans une once de doctrine.
  • Dieu — Le titre est immense, le poème ne l’est pas — et c’est ce qui le sauve.
  • Ex voto — L’offrande votive, forme qui convenait à un homme qui ne possédait rien.
  • Les Musées — L’art conservé sous vitrine, vu par quelqu’un qui vivait dehors.
  • Au Musée des Antiques — Le pendant du précédent, et le meilleur des deux.
  • Dompteuse — Le cirque, la force, la peur. Un sujet de son temps traité sans convention.
  • La Rencontre — Un croisement de rue élevé au rang d’événement.
  • Une petite avec des flûtes dans la voix — Le titre est le premier vers, et l’image tient debout toute seule.
  • À ma sœur Laurence — La tendresse familiale, chez un homme qui avait tout quitté.

Pour le lire

La Doctrine de l’Amour (1904) — publié malgré lui, et dont il exigea qu’on retire son nom.

Valentines (1922, posthume) — les poèmes d’amour, longtemps dispersés.

Il a copié à Londres, avec Rimbaud, le manuscrit des Illuminations.

Guillain Méjane

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