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Alice Véga — La foi, la guerre, et l’amour qui ne meurt pas

Intérieur, Peter Ilsted (1916)

Tableau : Intérieur, Peter Ilsted, 1916

1863 — 1950

Ô Christ, quand tu viendras comme Roi, comme Juge…
Ô Christ quand tu viendras comme Roi, comme Juge

Elle signait « Véga » : le nom d’une étoile. De son vrai nom Marguerite-Alice de Wegmann, née à Paris en 1863, elle épouse en 1898 l’historien Armand de Visme, et publie la même année son premier recueil, Légendes et chansons, chez Lemerre.

Pendant la guerre de 1914-1918, le couple perd ses deux fils. Les recueils d’après-guerre portent ce deuil jusque dans leurs titres : Les Présences invisibles, couronné par l’Académie française en 1924, puis L’Amour qui ne meurt pas, en 1929.

Ce que les poèmes disent

Le corpus est d’une cohérence frappante. Il est religieux de bout en bout, et d’un christianisme très charnel : le Christ roi et juge, la mort de Lazare, quelqu’un qui frappe à la porte un soir et à qui l’on ouvre, une servante qui se dit inutile.

Cette poésie-là a été écrite par milliers et elle est presque toujours mauvaise, parce qu’elle se contente de la piété. Ici, non : les scènes sont montées, les personnages ont des corps, et l’auteur choisit toujours le point de vue le moins attendu — la sœur plutôt que Lazare, le pécheur plutôt que le juge.

Le lieutenant Contamine de Latour

Le poème le plus singulier du lot a une histoire. Pour son prix de poésie de 1927, l’Académie française avait imposé un sujet : la mort d’un lieutenant tombé au Maroc en 1925, pendant la guerre du Rif, à la tête de sa section de tirailleurs. Véga remporte le prix, et le poème ouvre deux ans plus tard L’Amour qui ne meurt pas.

Le même sujet a eu un autre lecteur : Benjamin Péret en a tiré en 1926, dans La Révolution surréaliste, une parodie, « La mort héroïque du lieutenant Condamine de la Tour ». Le même mort, célébré par l’Académie et moqué par les surréalistes : on voit rarement la ligne de partage de l’entre-deux-guerres passer aussi nettement.

À côté, quelques pièces sans religion : une moisson, un vent du sud, des perce-neige, des jardins disparus, une abeille. Et « Ton souvenir aimé brillera sur ma vie », qui ne dit pas à qui il s’adresse.

Choix de textes

Pour le lire

Légendes et chansons (Lemerre, 1898) ; Le Jardin des Hespérides (Lemerre, 1903) ; Les Présences invisibles (Perrin, 1922 ; prix Sobrier-Arnould de l’Académie française, 1924) ; L’Amour qui ne meurt pas (1929).

En prose, une vie de Madame Guizot et un Henri Heine peint par lui-même et par les autres (Perrin, prix Bordin 1936).

Ses recueils sont transcrits sur Wikisource, d’où viennent les textes du site.

Pour prolonger : Anthologie de la poésie française, choisie par Georges Pompidou.

Guillain Méjane

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