
Alice Véga — Une voix qu’on ne peut plus rattacher à personne

Ô Christ, quand tu viendras comme Roi, comme Juge…
Ô Christ quand tu viendras comme Roi, comme Juge
De certains poètes, il ne reste qu’un nom sur une couverture. Alice Véga est de ceux-là : aucune date sûre, aucune notice, aucun manuel. Seulement les poèmes.
Il faut alors faire ce qu’on fait rarement — lire sans savoir qui a écrit —, et c’est un exercice salutaire.
Ce que les poèmes disent d’elle
Le corpus est d’une cohérence frappante. Il est religieux de bout en bout, et d’un christianisme très charnel : le Christ roi et juge, la mort de Lazare, quelqu’un qui frappe à la porte un soir et à qui l’on ouvre, une servante qui se dit inutile.
Cette poésie-là a été écrite par milliers et elle est presque toujours mauvaise, parce qu’elle se contente de la piété. Ici, non : les scènes sont montées, les personnages ont des corps, et l’auteur choisit toujours le point de vue le moins attendu — la sœur plutôt que Lazare, le pécheur plutôt que le juge.
Un indice, un seul
Deux titres la datent : « À Jeanne d’Arc, figure de la Patrie » et « La Mort héroïque du lieutenant Contamine de Latour ». Un lieutenant tué, nommé, célébré — cela ne s’écrit qu’à chaud. Nous ne sommes donc pas dans les brumes d’un XIXe siècle vague : quelqu’un a vécu la guerre et l’a écrite.
À côté, quelques pièces sans religion : une moisson, un vent du sud, des perce-neige, des jardins disparus, une abeille. Et « Ton souvenir aimé brillera sur ma vie », qui est peut-être la clef d’une biographie qu’on n’a pas.
On n’en saura pas davantage, et le Vagabond n’a pas à combler les trous. Il conserve, ce qui est déjà rare : des poèmes qui ne sont nulle part ailleurs, et qui attendent quelqu’un pour les rattacher à une vie.
Choix de textes
- Ô Christ quand tu viendras comme Roi, comme Juge — Le Jugement dernier pris de front, et sans une once de dévotion molle.
- La Mort de Lazare — Elle choisit le point de vue le moins attendu — celui des sœurs.
- Est-ce bien toi qui viens à ma porte ce soir — On frappe. Tout le poème tient dans l’hésitation avant d’ouvrir.
- La Mort héroïque du lieutenant Contamine de Latour — Un homme tué, nommé. Le seul poème qui la situe dans le temps.
- La Moisson — Hors de la religion, une scène de campagne bien conduite.
- Les Perce-Neige — La fleur qui traverse l’hiver — elle évite de justesse l’allégorie.
- Jardins disparus — Deux mots, et déjà tout le regret d’une vie qu’on ne connaît pas.
- Ton souvenir aimé brillera sur ma vie — Le poème le plus personnel du recueil, adressé à quelqu’un dont on ignore tout.
- Dans l’Ombre — Le titre pourrait être celui de tout son corpus.
- Après — Un mot pour titre, et la question qu’il pose reste ouverte.
Pour le lire
Aucune notice biographique, aucune date établie, aucun manuel ne la mentionne.
Les poèmes réunis ici ne sont accessibles nulle part ailleurs.
⚠️ Si vous savez quelque chose d’elle, cette page attend d’être corrigée.
Guillain Méjane























