
L’Amante soupçonneuse – Tristan L’Hermite

Tableau : Le Pyla, Albert Marquet, 1931
VOVS dont la chere Image erre deuant mes yeux,
Et que ie voy tousiours de ceux de la pensée ;
Vous diuertiriez vous quand ie pleure en ces lieux,
Beaux lieux, tristes tesmoins de ma gloire paßée ?
Amour le plus cruel & le plus grand des Dieux,
D’vne secrete peur rend mon Ame glacée ;
C’est que sans redouter la iustice des Cieux
Par quelque changement vous l’ayez offencée.
S’il faut qu’il soit ainsi, Daphnis, ie veux mourir,
Ie n’ay plus de desir que celuy de courir,
Ou vers vne riuiere, ou vers vn precipice.
Car vn destin barbare à ma fidelité
Veut que par trop d’amour i’esprouue le suplice
Que par trop peu de foy vous auez merité.
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