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Potato Printing – Helen Haddad

Potato Printing – Helen Haddad

Un livre qui apprend à imprimer avec ce qu’on avait prévu de manger

Potato Printing.
Helen R. Haddad — Crowell, New York, 1981

Une page entièrement noire. En haut à gauche, Saturne et son anneau ; à droite, une planète rouge tachetée ; entre les deux, une trentaine d’étoiles blanches à cinq ou six branches, toutes différentes. En bas, un sol clair et grêlé occupe le tiers de la page : un astronaute y marche, un véhicule à six roues s’y avance, et le terrain est criblé de cratères sombres.

Ce sol lunaire n’est pas dessiné. C’est une pomme de terre coupée en deux et pressée telle quelle sur le papier : ce qu’on prend pour des cratères, ce sont les taches de la chair et les yeux du tubercule ; ce qu’on prend pour un relief, c’est le grain d’une tranche crue mal encrée. Le légume a cessé d’imiter quoi que ce soit — il joue son propre rôle.

L’outil est un légume

Le procédé n’a rien de savant, et c’est tout son intérêt. On coupe une pomme de terre crue en deux, on entaille dans la face plate une forme simple, on dégage ce qui doit rester blanc, on trempe dans l’encre ou la gouache et on presse. C’est l’un des plus vieux exercices de l’école primaire, un de ceux qu’on pratique quand on n’a ni presse, ni linoléum, ni gouge, ni argent.

Helen Haddad en fait un livre entier de soixante-deux pages, publié à New York en 1981. Le sujet n’est pas la pomme de terre : c’est la gravure en relief, avec sa règle unique — ce qu’on enlève ne s’imprime pas — enseignée avec le seul matériau que tout le monde a déjà chez soi.

Deux encres, et rien de plus

Regardez les planches à la suite : il n’y a que deux couleurs dans tout l’ouvrage. Un orange vermillon et un noir. Le livre lui-même est imprimé en deux teintes, ce qui est d’une logique parfaite — un livre sur l’impression pauvre, imprimé pauvrement.

Mais comptez les tons : il y en a bien davantage. Le tigre est orange franc, le cheval est un brun-rouge sale, l’ours est gris ardoise, les sapins sont d’un gris presque argenté, le chameau tire sur la terre cuite. Tout cela ne sort que de deux pots. Le gris est du noir imprimé avec une pomme de terre presque sèche ; le brun est de l’orange repassé sur du noir ; l’argent est ce qui reste quand on tamponne une troisième, une quatrième fois sans réencrer.

La leçon est capitale et jamais énoncée : la couleur, en gravure, ne dépend pas seulement de l’encre, mais de la quantité d’encre. On apprend à un enfant que la fatigue du tampon est une ressource.

Cinq formes pour tout le reste

L’inventaire des formes taillées est aussi court. Un rectangle. Un carré. Un triangle. Un disque. Une tige fine, prise dans le bord du tubercule.

Avec cela, la page des véhicules fabrique une fusée (un triangle et trois flammes), un hélicoptère (un carré, deux tiges croisées, un triangle), un camion, une voiture, deux trains et leur voie — la voie n’étant qu’un rectangle répété quarante fois en file. La page des animaux tire du même jeu une girafe, un chameau, un cheval et un oiseau : le corps est toujours un carré, les pattes toujours des tiges, la différence tient au nombre et à l’angle.

La page des bonshommes va plus loin encore : cinq figures faites de six rectangles chacune, et ce qui les distingue tient à un trait de feutre — deux spirales pour les yeux, une antenne, une bouche tracée à la règle. Les corps sont identiques ; seuls les visages sont dessinés à la main.

La matrice pourrit

Voilà ce qui sépare ce livre de tous les autres manuels de gravure.

Un bois se conserve, un cuivre se conserve, un linoléum se conserve ; on les range, on les retire vingt ans plus tard. Une pomme de terre gravée noircit dans la journée et moisit dans la semaine. L’outil dure moins longtemps que l’estampe qu’il produit — c’est un renversement complet de l’économie ordinaire de l’imprimé, où la matrice est ce qu’on protège et l’épreuve ce qu’on laisse partir.

Ce livre enseigne donc, sans le dire, une chose plutôt grave : fabriquer un instrument dont on sait qu’il ne passera pas la nuit, et le faire quand même avec soin.

Un imprimé qui ne se répète pas

L’autre singularité est visible partout, pour peu qu’on regarde de près.

Les losanges de la frise devraient s’aligner : ils dérivent, deux d’entre eux se chevauchent, un autre a laissé un blanc. Les petits triangles gris des feuillages sont tous plus pâles ou plus noirs que leurs voisins. Sur la voie ferrée, les traverses avancent en s’éclaircissant, parce que la main a oublié de réencrer.

Or l’impression a été inventée pour produire de l’identique. Ici la promesse est trahie à chaque coup : aucune empreinte ne ressemble tout à fait à la précédente. Le tremblement n’est pas un défaut du procédé, c’est le procédé — et c’est exactement pourquoi ces pages, quarante-cinq ans plus tard, sont si belles à regarder, à l’heure où l’on recherche partout l’accident du tirage.

1981

La date n’est pas indifférente. Le livre paraît l’année du premier vol de la navette spatiale, et sa plus belle page est une page d’espace — un astronaute, un rover à six roues, Saturne. L’enfant à qui l’on propose d’imprimer la Lune avec une pomme de terre vit dans un monde qui vient d’y aller.

C’est aussi le dernier moment des livres d’activités de ce genre, ceux qui supposent une table, un couteau, du papier journal, et deux heures devant soi.

La dernière page

Elle s’ouvre sur un mot, PRINTMAKING, en capitales — et ces capitales ont été tamponnées lettre à lettre, ce qui se voit : le P est plus gras que le R, le I penche, les deux N n’ont pas la même épaisseur, le G se termine en bavure.

Un livre sur la gravure dont le titre courant est lui-même gravé dans un légume. Dessous, une frise de losanges, deux papillons, trois fleurs faites d’un bâtonnet, de petits triangles et d’une rosace — et, en bas, trois vignettes au trait qui expliquent comment on s’y prend, en trois gestes, pour obtenir la fleur du milieu.

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