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André de Guerne — Celui qui a voulu écrire toutes les religions du monde

André de Guerne — Celui qui a voulu écrire toutes les religions du monde

1853 — 1912

Il est né. Les torrents ont bondi d’allégresse
Et les eaux dans leur cours ont reflué vers Lui.
La terre aux prés nombreux contemple avec ivresse
Le nouveau firmament où le soleil a lui.

Zarathoustra

Il s’est donné le programme le plus démesuré qu’un poète ait osé au XIXe siècle : raconter en vers toutes les croyances de l’humanité, l’une après l’autre, depuis les premières.

Cela s’appelle Les Siècles morts, cela occupe plusieurs volumes, et cela commence par l’Orient antique — Zoroastre, Isis, Artémis, Babylone — pour remonter vers nous.

Le dernier disciple de Leconte de Lisle

Baron normand, riche et retiré, André de Guerne a fait ce que Leconte de Lisle avait entrepris dans ses Poèmes barbares, mais systématiquement, jusqu’au bout, sans le talent d’orfèvre du maître et avec une obstination supérieure.

Le Parnasse voulait des poèmes-objets, refroidis, savants ; il en a fait une encyclopédie. On peut trouver cela vain, et l’époque l’a trouvé : les Siècles morts paraissent au moment précis où le symbolisme rend ce genre de projet impensable.

Ce qui tient malgré tout

Le savoir n’y est jamais un décor. Quand il écrit la naissance de Zarathoustra, il sait ce qu’il dit — les torrents qui refluent, le firmament nouveau — et l’alexandrin porte cette érudition sans plier.

Il y a chez lui une chose rare : le respect. Ces religions mortes, il ne les traite ni en curiosité ni en superstition. Il les prend au sérieux les unes après les autres, ce qui suppose une forme d’humilité qu’on ne prête pas volontiers aux parnassiens.

Cent vingt et une pièces ici, d’un poète dont aucune bibliothèque courante ne garde un volume.

Choix de textes

  • Zarathoustra — La naissance du prophète perse, en alexandrins et en connaissance de cause.
  • Hymne à Artémis Éphésienne — La déesse aux mille seins d’Éphèse, traitée sans une once d’ironie.
  • La Descente aux Enfers — Le motif commun à toutes les religions qu’il a voulu écrire.
  • Cléopâtre — Le sujet obligé du Parnasse. Comparez avec celui de Banville sur ce même site.
  • Consolation à Séréna — Le versant intime, rare chez lui, et d’autant plus net.
  • Paysage — Sans érudition ni civilisation morte : juste ce qu’il avait sous les yeux.

Pour le lire

Les Siècles morts (1890-1897) — l’histoire des croyances humaines en vers, plusieurs volumes.

Le Chariot d’or · L’Orient antique — les sections du grand cycle.

Aucune édition courante à ce jour.

Guillain Méjane

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