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Théodore Hannon — Le décadent de Bruxelles

Théodore Hannon — Le décadent de Bruxelles

1851 — 1916

Ce sont les claires oriflammes
Que sur les chignons plante Éros,
Battant comme ailes d’albatros,
Tirebouchonnant, blanches flammes !

Voiles de plage

Des voiles de chapeau sur une plage belge, traités comme des oriflammes plantées par Éros. Voilà Théodore Hannon : le motif le plus futile du monde, poussé jusqu’à la surcharge, et tenu par une versification impeccable.

L’ami de Huysmans

Bruxellois, peintre de formation, il publie en 1881 Rimes de joie, avec une préface de Joris-Karl Huysmans — qui le cite ensuite dans À rebours parmi les lectures de son héros. C’est ce qui l’a sauvé de l’oubli complet, et ce qui l’y a aussi enfermé : on ne le lit plus qu’en note de bas de page.

Sa poésie est celle d’un décadent de la première heure : les parfums, les étoffes, les maquillages, les bains de mer, la modernité industrielle traitée en objet de luxe. Il aime les mots rares et les rimes difficiles, et il ne s’excuse jamais.

L’invention du superficiel

Ce qu’on lui reproche — la futilité — est en réalité son programme. Il a compris avant beaucoup d’autres que la surface des choses est un sujet : la mode, la station balnéaire, le vernis, le carton-pâte. Un demi-siècle plus tard, c’est ce regard-là qui fera la fortune de la poésie moderne.

Il a aussi le sens du comique. « L’araignée est un monstre horrible qui m’épate » : le vers est parfait, l’alexandrin tient, et le mot « épate » fait tout basculer.

Il est mort à Bruxelles en 1916, pendant l’occupation allemande, à soixante-cinq ans, peintre et poète à peu près oublié des deux côtés.

Choix de textes

Pour le lire

Rimes de joie (1881) — préfacé par Huysmans, et cité dans À rebours.

Les Vingt-Quatre Coups de sonnet (1902) · Au clair de la brune (1908).

Aucune édition courante à ce jour.

Guillain Méjane

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