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Mathurin Régnier — Celui qui s’est laissé aller doucement

Mathurin Régnier — Celui qui s’est laissé aller doucement

1573 — 1613

Motin, la Muse est morte, ou la faveur pour elle :
En vain dessus Parnasse Apollon on appelle,
En vain par le veiller on acquiert du savoir,
Si fortune s’en moque…

Satyre IV

Il est le plus grand satirique français avant Boileau, et Boileau — qui ne complimentait personne — l’a reconnu comme son maître dans le genre.

Neveu du poète Desportes, chanoine de Chartres par bénéfice plus que par vocation, il a vécu à Paris parmi les poètes, les cabarets et les filles, et il en est mort à quarante ans.

La satire, c’est-à-dire la vie prise sur le fait

Sa forme est le long poème en alexandrins où quelqu’un parle — un pédant, un faux dévot, un poète crotté, une entremetteuse. La Macette, sa treizième satire, est un monologue de vieille maquerelle déguisée en dévote qui vaut n’importe quelle scène de Molière, soixante ans avant Molière.

Sa quatrième satire, dont vient l’épigraphe, dit la seule chose qui compte pour un poète de son siècle : le talent ne suffit pas, il faut la faveur, et la faveur est morte. Le veiller sur les livres ne rapporte rien si la fortune s’en moque.

Contre Malherbe

Il a mené la dernière bataille de la liberté contre la règle. Malherbe arrivait avec sa doctrine — pureté, netteté, interdiction de tout ce qui traîne —, et Régnier lui a répondu par une satire féroce contre ces « clercs » qui veulent qu’on écrive au cordeau.

Malherbe a gagné, la langue française y a gagné aussi, et quelque chose s’est perdu qu’on ne retrouvera qu’au XIXe siècle : le désordre, le parlé, le corps.

Son épitaphe

Il l’a écrite lui-même, et elle contient sa formule : « J’ai vécu sans nul pensement, / Me laissant aller doucement / À la bonne loi naturelle. »

⚠️ Les textes réunis ici viennent d’une édition ancienne : le u et le v y sont échangés, comme chez Tristan L’Hermite. On lit « sçauoir » pour « savoir ». L’œil s’y fait vite.

Choix de textes

  • Satyre IV — « La Muse est morte, ou la faveur pour elle. » Le talent ne suffit pas, et il le savait.
  • Satyre XV — Le long poème où quelqu’un parle — sa forme, et son invention.
  • Stances — Le versant lyrique, plus rare et plus tendre qu’on ne l’attend.
  • Quatrains — La forme brève, où la pointe doit tomber juste.
  • Gentilly — Un lieu des faubourgs, saisi par quelqu’un qui y allait.

Pour le lire

Les Satires (1608-1613) — dont la Macette, monologue de fausse dévote, soixante ans avant Molière.

Boileau, qui ne complimentait personne, l’a reconnu comme son maître dans le genre.

Son épitaphe est de lui : « J’ai vécu sans nul pensement, me laissant aller doucement à la bonne loi naturelle. »

Guillain Méjane

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