Sélectionner une page

Georges Rodenbach — Celui qui a inventé Bruges-la-Morte

Georges Rodenbach — Celui qui a inventé Bruges-la-Morte

1855 — 1898

Ne nous accusez pas de deuils imaginaires,
Et de vous attendrir par des pleurs simulés,
Et d’aller parmi vous comme des poitrinaires
Cherchant des rêves fous qui se sont envolés.

Lacrymæ rerum

En 1892 paraît Bruges-la-Morte, un roman court où un veuf erre dans une ville flamande qui ressemble à sa femme morte. Le livre est illustré de photographies de Bruges — c’est la première fois qu’un roman fait cela, et cette invention a fondé une manière entière de rêver les villes.

Bruges en a gardé une image dont elle a mis un siècle à se défaire, et Rodenbach une réputation de romancier qui a effacé le poète.

Le silence comme matière

Il était pourtant poète d’abord, et son travail tient sur un seul sujet : le silence, l’eau immobile, les béguinages, les vitres, les objets d’une chambre. Ses titres le disent — Le Règne du silence, Les Vies encloses, Le Miroir du ciel natal.

Cette poésie du peu a été moquée de son vivant comme elle l’est parfois encore. Le poème dont vient l’épigraphe répond directement à l’accusation : on ne simule pas, dit-il, on ne joue pas au malade. Il faut le croire.

Un Flamand de Paris

Né à Tournai en 1855, avocat puis journaliste, il s’installe à Paris en 1888 et y devient l’un des Belges les plus en vue — ami de Mallarmé, de Goncourt, de Rodin. Il n’écrira jamais sur Paris : c’est toujours la Flandre qu’il regarde, de loin, et c’est cet éloignement qui donne à ses vers leur qualité de souvenir.

Il est mort en 1898, à quarante-trois ans. Sur sa tombe au Père-Lachaise, il a demandé qu’on le sculpte sortant du marbre, une rose à la main.

Choix de textes

Pour le lire

Bruges-la-Morte (1892) — le premier roman illustré de photographies, et l’invention d’une ville rêvée.

Le Règne du silence (1891) · Les Vies encloses (1896) · Le Miroir du ciel natal (1898).

Aucune édition poétique courante à ce jour.

Guillain Méjane

Archives par mois