
Jean Lorrain — Le chroniqueur qui s’est brûlé à l’éther

1855 — 1906
Dans les parfums, dans l’ambroisie,
Le front ceint d’éblouissements…
L’idée d’un soir
Il s’appelait Paul Duval et venait de Fécamp, fils d’armateur. Il s’est inventé un nom, une allure — bagues, fards, cheveux teints —, une réputation d’homme dangereux, et il a tenu tout Paris en haleine pendant vingt ans avec des chroniques où il disait ce que personne n’osait.
Il s’est aussi détruit méthodiquement à l’éther, dont il buvait des quantités qui ont fini par lui perforer l’intestin. Il est mort à cinquante et un ans.
Le journaliste que tout le monde craignait
Ses chroniques du Journal et de L’Écho de Paris étaient lues et redoutées. Il a lancé des réputations, en a détruit d’autres, s’est battu en duel avec Marcel Proust — qu’il avait attaqué —, et a servi de modèle à plusieurs personnages de romans de son temps.
On le range aujourd’hui parmi les décadents, ce qu’il était, mais son meilleur livre, Monsieur de Phocas, est autre chose : le portrait clinique d’un homme qui cherche une couleur — un certain vert-bleu dans un regard — et qui détruit tout pour la trouver.
Les poèmes
Ils sont moins connus que ses proses et valent qu’on s’y arrête. Modernités, Le Sang des dieux, L’Ombre ardente : on y trouve la même matière — les fards, les cires, les gens du monde, les chambres d’octobre, une araignée de cimetière —, mais tenue par le vers, ce qui l’empêche de déborder.
Ses titres sont d’un chroniqueur : « Gratin », « Un ménage », « Dilettantisme », « L’Homme en noir ». C’est une sociologie de salon versifiée, et elle est féroce.
Une note sur ce corpus
⚠️ Quelques articles de cette étiquette ne contiennent que l’épigraphe du poème et non le poème lui-même — « L’araignée de cimetière » et « Âmes d’automne » commencent ainsi par des vers de Baudelaire que Lorrain avait mis en exergue. Le défaut vient de l’édition source ; il est signalé et sera repris.
Choix de textes
- L’idée d’un soir — Les parfums, l’ambroisie, l’éblouissement. Le décadent dans son état pur.
- L’Homme en noir — Une silhouette de chronique, saisie en vers.
- Gratin — La haute société traitée par son chroniqueur le plus redouté.
- Un ménage — Une sociologie de salon versifiée, et féroce.
- Dilettantisme — Le mot d’ordre de sa génération, examiné sans indulgence.
- Seigneurs — Le passé aristocratique convoqué par un fils d’armateur normand.
- Athénienne — La Grèce d’atelier, décor obligé du symbolisme, traité avec distance.
- Éternité — Le grand mot, chez quelqu’un qui savait ne pas durer.
- Amour pur — Le titre est ironique. Il l’est presque toujours.
Pour le lire
Modernités (1885) · Le Sang des dieux (1882) · L’Ombre ardente (1897) — la poésie.
Monsieur de Phocas (1901) — le roman clinique d’un homme qui cherche une couleur.
Il s’est battu en duel avec Marcel Proust, qu’il avait attaqué dans une chronique.
Guillain Méjane























