
Nérée Beauchemin — Le médecin de campagne qui écrivait le Québec

1850 — 1931
Elles chantent sous les tuiles
Du clocher, depuis le temps
Où leurs bronzes palpitants
Ont reçu les saintes huiles.
Cloches natales
Il a été médecin à Yamachiche, un village au bord du Saint-Laurent, pendant cinquante ans. Il y est né, il y a exercé, il y est mort. Il n’en est pratiquement jamais sorti.
De ce point unique, il a écrit une centaine de poèmes qui forment l’un des rares témoignages poétiques de ce qu’était la vie rurale québécoise avant que tout change.
Deux livres en trente et un ans
Les Floraisons matutinales paraît en 1897, Patrie intime en 1928. Entre les deux, trente et un ans de silence éditorial — pendant lesquels il continuait d’écrire, et de soigner.
Sa poésie est celle d’un homme qui connaît les noms. Le pinson des guérets, la giboulée, l’hirondelle, les cloches et leur quatuor, le branle du sanctus. Il n’y a rien de vague : ce sont des choses vues et entendues au même endroit pendant cinquante ans.
Le risque du pieux
Il était catholique et il l’écrit, ce qui a longtemps suffi à le faire ranger parmi les poètes du terroir et de la sacristie. Le Québec de la Révolution tranquille n’avait aucune envie de le relire.
Il faudrait pourtant. « Cloches natales » n’est pas un poème dévot : c’est un poème sur le son, sur la façon dont quatre cloches accordées deviennent une manière de sentir le temps. Retirez la religion, il reste un travail d’oreille remarquable.
Cent vingt-trois pièces ici, d’un poète que la France ne connaît pas du tout.
Choix de textes
- Cloches natales — Quatre cloches accordées, et une manière de sentir le temps. Un travail d’oreille.
- Le pinson des guérets — Il connaissait les noms des oiseaux, et cela change tout.
- L’hirondelle pieuse — L’adjectif est risqué, l’observation est juste.
- Giboulée — Un phénomène météorologique de dix minutes, saisi entier.
- Fleurs d’aurore — Le poème qui ouvre Les Floraisons matutinales, son premier livre.
- À la claire fontaine — La chanson que tout le Québec connaît, reprise et retournée.
- Notre Terre — L’attachement au sol, avant que le mot ne devienne suspect.
- Liberté ! — Le versant politique, rare chez lui et d’autant plus net.
- Liturgie — Le rite comme forme, plutôt que comme croyance.
- Le branle du sanctus — Encore les cloches. C’était son instrument.
Pour le lire
Les Floraisons matutinales (1897) — le premier livre, à quarante-sept ans.
Patrie intime (1928) — le second, trente et un ans plus tard.
Aucune édition courante en France à ce jour.
Guillain Méjane






















