
Charles Gill — Peintre de métier, et un poème qu’il n’a jamais fini

1871 — 1918
Patrie ! ô nom sacré, te comprenons-nous bien ?
Ce n’est pas seulement tel espace de terre
Dont un traité brutal a fixé la frontière,
Qu’évoque pour nos cœurs ton sens magicien.
Patrie
« Un traité brutal » : au Canada français de 1900, l’expression ne demandait aucune explication. Gill pose la question qui occupait tout le pays — de quoi une patrie est-elle faite quand ce n’est pas d’un territoire souverain ?
Il y répond en peintre : par des paysages.
L’atelier avant les vers
Formé à Paris dans l’atelier de Jean-Léon Gérôme, il est d’abord peintre — et il l’est resté, vivant de portraits, de décors d’église et d’enseignement.
Cela s’entend dans ses vers : il compose par masses, il travaille la lumière, et il place ses effets comme on place une touche.
Le Cap Éternité
Son grand projet était un poème épique sur le Saguenay, ce fjord du Québec dominé par une falaise de trois cents mètres. Il y a travaillé quinze ans.
Les chants réunis ici en viennent — I, IV, IX, XI, XII. Le poème n’a jamais été achevé, et il a paru après sa mort, à l’état de fragments assemblés par son ami Louis Dantin.
C’est un inachèvement magnifique : on voit un homme essayer de faire tenir dans des alexandrins français une montagne qui n’en avait jamais reçu.
1918
Bohème, alcoolique, brouillé avec l’Église pour ses positions anticléricales, il a présidé l’École littéraire de Montréal — celle de Nelligan, dont il fut l’ami et le défenseur.
Il est mort de la grippe espagnole en octobre 1918, à quarante-sept ans, laissant son cap inachevé.
Choix de textes
- Patrie — « Un traité brutal » : au Canada français de 1900, cela ne demandait pas d’explication.
- Chant I — L’ouverture du Cap Éternité, poème de quinze ans jamais achevé.
- Chant IV — Le Saguenay, ce fjord dominé par une falaise de trois cents mètres.
- Chant IX — Il compose par masses et travaille la lumière : le peintre n’est jamais loin.
- Chant XI — Faire tenir une montagne dans des alexandrins français.
- Chant XII — L’un des derniers fragments assemblés par Louis Dantin après sa mort.
Pour le lire
Le Cap Éternité (1919, posthume) — quinze ans de travail, assemblés par son ami Louis Dantin.
Les Étoiles filantes — les pièces courtes.
Peintre formé chez Jean-Léon Gérôme à Paris, président de l’École littéraire de Montréal.
Guillain Méjane






















