
François-Paul Alibert — Un classique de Carcassonne, et des livres qu’on ne pouvait pas signer

Tableau : Peupliers, Maurice de Vlaminck, 1908
1873 — 1953
Ô bois qui sur la roche inclinante résonnes
Sous le vent ! bois sinistre et funèbre d’ormeaux
Dont une horreur sacrée habite les rameaux !
L’arbre qui saigne
Voilà une syntaxe qu’on n’écrivait plus en 1900 : l’apostrophe, l’inversion, l’exclamation tenue sur trois vers. Il le savait, et il le voulait.
Alibert appartient à cette famille de poètes du Midi qui ont décidé, contre le symbolisme, de revenir à la clarté latine — celle de Virgile, de Ronsard et de Racine.
Carcassonne
Il n’en est presque jamais parti. Employé municipal, puis bibliothécaire, il a vécu toute sa vie dans la même ville, avec ses livres.
C’est de là qu’il correspondait avec Gide, avec Valéry, avec Jean Ballard de la revue Cahiers du Sud. Joë Bousquet, l’autre grand solitaire de Carcassonne, était son voisin.
L’œuvre visible
Des odes, des églogues, des sonnets, des Harmoniques. La nature du Languedoc y passe : les pianos d’été, la procession qui passe, la villa qui s’ouvre au passant, l’arbre qui saigne.
« L’Églogue nue » et « Marsyas aux enfers » disent son programme : le genre antique repris tel quel, et le supplice du satyre écorché pour avoir défié Apollon — c’est-à-dire l’artiste puni d’avoir voulu trop bien faire.
L’œuvre cachée
Il a écrit aussi deux romans homosexuels d’une crudité complète, Le Supplice d’une queue et Les Enfants de Sodome à l’Assemblée nationale, qu’il n’a évidemment pas signés et qui ont circulé sous le manteau.
Gide, à qui il les avait montrés, l’a encouragé. Ils n’ont été publiés sous son nom qu’à la fin du XXe siècle.
Cette double vie n’explique pas ses vers, mais elle les éclaire : quand on lit chez lui l’horreur sacrée, le bois funèbre et l’écorché, on n’a plus tout à fait affaire à des exercices d’école.
Choix de textes
- L’arbre qui saigne — Une syntaxe qu’on n’écrivait plus en 1900. Il le savait et le voulait.
- Marsyas aux enfers — Le satyre écorché pour avoir défié Apollon : l’artiste puni d’avoir trop bien fait.
- L’églogue nue — Le genre antique repris tel quel, et l’adjectif fait le reste.
- Pianos d’été — Le Languedoc par la fenêtre ouverte. Rien de plus, rien de moins.
- La procession passe — Le rite de village, regardé de l’extérieur.
- La villa qui s’ouvre au passant — L’hospitalité comme motif, chez un homme très seul.
- Musique de chambre — Le titre est un aveu de format : peu d’instruments, beaucoup de précision.
- Harmoniques — Les sons qui résonnent au-dessus du son. Sa poétique entière.
- Divertissement triste — Deux mots qui se contredisent, et il tient dans l’écart.
- À mon père — La seule pièce franchement personnelle de l’ensemble.
Pour le lire
Le Buisson ardent · Odes · Élégies romaines · La Guirlande des Muses — l’œuvre classique.
Le Supplice d’une queue · Les Enfants de Sodome à l’Assemblée nationale — les romans clandestins, publiés sous son nom seulement à la fin du XXe siècle.
Correspondant de Gide et de Valéry, voisin de Joë Bousquet à Carcassonne.
Guillain Méjane























