
La Boum 2 – Claude Pinoteau

Un passeport dans un train
Vic a quinze ans et demi. Elle rentre d’un séjour en Autriche par le train, et, dans un compartiment, échange par erreur son passeport avec celui d’un garçon de dix-huit ans, Philippe, joué par Pierre Cosso, qui fait de la boxe et qui a l’air de savoir ce qu’il veut. Le motif est celui d’une comédie classique, l’objet échangé qui oblige à se revoir, et Pinoteau le traite avec la légèreté qu’il faut. Ce qui suit est moins léger : Vic tombe amoureuse pour de bon, et le film raconte ce que « pour de bon » veut dire à quinze ans, quand on ne sait pas encore ce que l’on peut donner.
Autour d’elle, la même famille, un peu plus abîmée. François, joué par Claude Brasseur, et Françoise, jouée par Brigitte Fossey, se sont réconciliés à la fin du premier film et découvrent qu’une réconciliation n’est pas une solution. Poupette, jouée par Denise Grey, qui a quatre-vingt-six ans, est toujours là, et elle a toujours raison. Pénélope, jouée par Sheila O’Connor, est toujours l’amie qui sait. Et Lambert Wilson, dans l’un de ses premiers rôles, apporte au film un charme qu’il n’a pas encore appris à maîtriser.
Ce que la suite ajoute
Le premier film racontait la découverte ; celui-ci raconte le choix. Vic n’est plus une enfant qu’on regarde grandir : elle décide, elle ment, elle part, elle revient, et le film accepte de la suivre là où le premier n’osait pas aller, jusqu’à la question de la première nuit, que Pinoteau traite avec une pudeur que le cinéma français de 1982 n’avait pas toujours.
C’est là que le film est le plus juste. Il ne fait pas de cette question une affaire de morale ni une affaire de spectacle ; il en fait ce qu’elle est pour une fille de quinze ans, une affaire de confiance, et il laisse à Vic le temps de ne pas savoir. La scène où elle en parle à Poupette, et où Poupette lui répond en parlant de sa propre jeunesse, est la meilleure des deux films.
Ce qui change aussi, c’est le regard sur les parents. Dans le premier film, Vic les découvrait faillibles ; ici, elle les voit comme des gens de son âge, qui recommencent les mêmes erreurs avec un peu plus de fatigue. François se cherche encore ailleurs, Françoise hésite encore à partir, et leur fille, qui a désormais ses propres secrets, cesse de les juger parce qu’elle commence à leur ressembler. Brasseur et Fossey jouent cette usure avec la même justesse qu’en 1980, et une scène de dîner, où personne ne dit ce qu’il pense, vaut les meilleures comédies de mœurs de l’époque. Pinoteau a compris que la famille était le vrai sujet, et que l’adolescente n’en était que le révélateur.
Le film garde enfin ce qui faisait l’humour du premier : Pénélope, qui a toujours un plan et jamais le bon ; les amies, qui savent tout avant tout le monde ; les garçons, qui mentent mal ; et la boum elle-même, qui revient, mais où Vic, cette fois, n’écoute plus au casque. Elle danse avec quelqu’un.
Sophie Marceau, deux ans après
Entre les deux tournages, elle est devenue la fille la plus célèbre de France, et le film porte cette célébrité sans la montrer. Marceau a appris à jouer, et l’on voit qu’elle l’a appris : les silences sont tenus, les colères sont construites, et il y a dans son regard quelque chose qui n’était pas là en 1980, une distance, presque une méfiance, qui donne au personnage une épaisseur nouvelle.
Le César du meilleur espoir, en février 1983, consacre cette transformation. Elle a dix-sept ans et elle refuse déjà de n’être que Vic : « Fort Saperlipopette » attend, puis « L’Amour braque » de Żuławski, deux ans plus tard, qui la fera sortir de l’adolescence par la porte la plus violente. « La Boum 2 » est le dernier film où elle est encore l’enfant du public, et elle le joue comme un adieu.
Cosma, encore
Vladimir Cosma reprend la musique et produit une nouvelle chanson, « Your Eyes », chantée par le groupe Cook da Books, qui refait ce que « Reality » avait fait, avec un peu moins d’innocence. La partition a été nommée aux César, comme Denise Grey pour le second rôle. Ni l’une ni l’autre n’ont gagné, et l’on peut trouver cela injuste dans le cas de Grey, qui joue à quatre-vingt-six ans le rôle le plus intelligent du film.
Le reste est tenu : Pinoteau filme le Paris de 1982 comme il filmait celui de 1980, avec les mêmes brasseries et les mêmes couloirs de lycée, et il ajoute une gare, un train, une salle de boxe, et le premier appartement de quelqu’un d’autre.
Le film et son public
Le succès de « La Boum 2 » a été aussi grand que celui du premier, et plus surprenant : les suites font d’ordinaire la moitié. Il s’explique par le public lui-même, qui avait vieilli de deux ans et qui retrouvait, dans Vic, exactement où il en était. Le film a eu la même carrière à l’étranger, en Allemagne d’abord, et il a fermé la porte : il n’y aura pas de « Boum 3 », et Pinoteau, six ans plus tard, tournera « L’Étudiante », qui est le même personnage à vingt ans, sous un autre nom.
La critique, cette fois encore, n’a rien voulu voir. Elle avait tort de la même façon.
Conclusion : grandir en deux films
Ce qui a vieilli, c’est ce qui vieillit dans toute comédie de mœurs : les vêtements, les décors, les manières, et une intrigue de passeport qui ne trompe personne. « La Boum 2 » est un film de commande, fait vite, pour reprendre un succès.
Ce qui n’a pas bougé, c’est que la commande a été honorée avec sérieux. Deux films, quatre ans de la vie d’une fille, et le passage, entre les deux, de treize à quinze ans, filmé sans mensonge par des gens qui savaient qu’ils regardaient quelque chose de fragile. On revoit rarement le second sans le premier ; c’est le signe qu’il n’est pas une suite mais un second chapitre, et que le livre, contre toute attente, tient.




































































































