Sélectionner une page

Le rossignol – Albert Mérat

Le rossignol – Albert Mérat

Pour le contraindre à chanter mieux
Dans la cage, des mains cruelles
Au rossignol crèvent les yeux,
Mais ne lui brisent pas les ailes.

Le pauvre oiseau met à voler
Une obstination touchante ;
Aveugle, pour se consoler,
Il faut qu’il s’agite et qu’il chante.

Il se souvient qu’il faisait jour
Dans le feuillage des grands chênes,
Et qu’il avait des nuits d’amour
Au doux bruit des sources prochaines.

Comme autrefois il chante alors.
Son chant est-il plus beau ? Peut-être…
Il devine de ses yeux morts
Que le printemps vient de renaître.

Je ne ferais pas comme lui
Si j’avais perdu la lumière :
Le poids d’un incurable ennui
Chargerait sans fin ma paupière.

Ne voyant plus les soirs d’été
Ni les matins bleus dans leur gloire,
Je voudrais chasser la beauté
Et le soleil de ma mémoire.

Chanter ! J’aurais beau le vouloir :
J’aurais au cœur de telles fièvres,
Qu’un immobile désespoir
À jamais scellerait mes lèvres.

Puissé-je sous un ciel vermeil
Finir ma dernière journée,
Les yeux tournés vers le soleil
De quelque Méditerranée !

Archives par mois