
Lèvres closes – Jacques d’Adelswärd-Fersen

Après être resté loin de tes lèvres closes,
Muse au divin baiser et aux yeux caresseurs,
Voici que j’ai senti le rythme de mon cœur,
Palpiter à nouveau sur tes musiques roses.
Après être resté loin des bois frémissants,
Où tu me conduisais pour rêver et sourire,
J’ai fait renaître en moi les anciens délires,
Et le culte du ciel s’est mêlé à mon sang.
Et j’écoute et je crois et mon âme est tranquille,
Ainsi qu’un champ de blé vers la tombée du jour,
Et j’ai laissé s’enfuir les rumeurs de la ville,
Mon cœur est un calice offert à ton Amour !
Pour te revoir passer,
Dans ton joli sourire,
Pour un soir de délire,
Pour pouvoir t’embrasser,
J’aurais donné les astres
Qui brillent au ciel bleu,
Pour un seul de ces astres,
Qui brillent dans tes yeux.
Pour ta légère pose,
Et puis pour ta fraîcheur,
J’aurais cueilli des roses :
Les roses sont tes sœurs.
Pour tes lèvres si fines,
J’aurais meurtri mon cœur,
Enivré de douceur,
Pour tes lèvres gamines,
Mais puisqu’en un seul jour
C’est la fin du poème,
Et que ce mot : je t’aime,
Tu l’ignoras toujours,
Je t’offre ma prière,
Comme à l’ange entrevu,
Et mes yeux qui t’ont vu
Gardent ta lumière.
Si par hasard… des fois…
Mon histoire lointaine
Arrive jusqu’à toi,
Oh, jusqu’à toi, ma peine,
Rien qu’un regret, un pleur,
Calmera ma souffrance,
Et même dans l’errance,
Calmera ma douleur.
Car pareil au grand ciel,
Qu’un nuage fit sombre,
Ton souvenir dans l’ombre
Me rendra le soleil !






















