Malédiction – Victor Hugo
Qu’il erre sans repos, courbé dès sa jeunesse,
En des sables sans borne où le soleil renaisse
Comme un noir meurtrier qui fuit dans la nuit sombre,
S’il marche, que sans cesse il entende dans l’ombre
En des glaciers polis comme un tranchant de hache,
Qu’il glisse, et roule, et tombe, et tombe, et se rattache
Qu’il soit pris pour un autre, et, râlant sur la roue,
Dise : Je n’ai rien fait ! et qu’alors on le cloue
Qu’il pende échevelé, la bouche violette !
Que, visible à lui seul, la mort, chauve squelette,
Que son cadavre souffre, et vive assez encore
Pour sentir, quand la mort le ronge et le dévore,
Qu’il ne soit plus vivant, et ne soit pas une âme !
Que sur ses membres nus tombe un soleil de flamme
Qu’il s’éveille en sursaut chaque nuit dans la brume,
Et lutte, et se secoue, et vainement écume