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Esquisses et projets – André Chénier

Esquisses et projets – André Chénier

Je crus sentir mon cœur se fondre et s’écouler
Comme la neige coule au penchant des montagnes
Quand le soleil revient animer nos campagnes. »
La pierre de ma tombe à la race future
Dira qu’un seul hymen délia ma ceinture.
Sous le souffle des vents les forêts ondoyantes.
Un silence confus qui demandait pardon.
« Ne reviendra-t-il pas ? Il reviendra sans doute.
Non ; il est sous la tombe. Il attend. Il écoute.
Va, belle de Scio, meurs. Il te tend les bras.
Va trouver ton amant. Il ne reviendra pas !… »
Comme aux jours de l’été, quand d’un ciel calme et pur
Sur la vague aplanie étincelle l’azur,
Le dauphin sur les flots sort et bondit et nage,
S’empressant d’accourir vers l’aimable rivage
Où, sous des doigts légers, une flûte aux doux sons
Vient égayer les mers de ses vives chansons ;
Ainsi…………
Deux flûtes sur sa bouche, aux antres, aux naïades,
Aux faunes, aux sylvains, aux belles oréades.
Répètent ses amours……….
……………….
Moins pâle et moins tremblante, Alcyone éplorée,
Gémit, frappa son sein, quand la mer en courroux.
Sur le sable, à ses pieds, vint jeter son époux
Mort…
Couvert d’algue salée et d’une écume amère.
Trop heureux sur ce bord, pendant la nuit obscure,
Qui, sous un humble toit, de son lit amoureux,
Entend gronder l’orage et le ciel ténébreux,
Et le Rhin, et ses flots, et sa rive écumante,
Et presse sur son sein le sein de son amante !
………………
Le Rhin
Tantôt s’écoule et fuit par un détroit facile ;
Là tournoie et s’abîme en un gouffre sans fond ;
Là se courbe et s’enfonce en un golfe profond.
L’une, agitant le thyrse environné de lierre.
Vole, frappe le roc ; soudain le roc frappé
Lance un torrent liquide à grand bruit échappé.
Son pied presse le sol ; et, sous sa plante humide,
Le vin bouillonne, fuit, gronde en fleuve rapide.
Ses doigts vont creuser l’herbe, un lait pur sous ses doigts
Les blanchit, blanchit l’herbe et la tige des bois.
L’autre fait de son thyrse, entre ses mains vermeilles.
Couler à flots dorés le nectar des abeilles.
………………..
Et sur ses blonds cheveux, en couronne brillante
Mêler la rose blanche et la rose sanglante
Que les dieux du Liban virent naître jadis
Des larmes de Vénus et du sang d’Adonis.
« Eh quoi donc, étranger, tu ne les connais pas ?
Ce sont elles, ce sont les filles de Dryas. »
La mer en ce moment se tait ; les vents se taisent.
Mais l’amour, mais, ô dieux ! la honte, la douleur,
Ne se taisent jamais dans le fond de mon cœur !
Je brûle, je l’adore, hélas ! quand sa promesse
(Le parjure !) a séduit, a trompé ma faiblesse !
ἠνίδε σιγῇ μὲν πόντος, σιγῶντι δ’ ἀῆται·
ἁ δ’ ἐμὰ οὐ σιγῇ στέρνων ἔντοσθεν ἀνία.
ἀλλ’ ἐπὶ τήνῳ πᾶσα καταίθομαι, ὅς με τάλαιναν
ἀντὶ γυναικὸς ἔθηκε κακὰν καὶ ἀπάρθενον ἦμεν.

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