
Les Filles – Pierre-Jean de Béranger

Quand des filles naissent chez vous
Pour le plaisir de ce monde,
Dites-moi, messieurs les époux,
Pourquoi chacun de vous gronde.
Aux filles, morbleu ! nous tenons ;
Faites-en, faites-en de gentilles :
Qu’elles soient anges ou démons,
Faites des filles ;
Nous les aimons.
Maris, toujours trop occupés,
Que, près des gens qui vous aident,
Aux femmes qui vous ont trompés
Un jour vos filles succèdent.
Aux filles, morbleu ! nous tenons ;
Faites-en, faites-en de gentilles :
Qu’elles soient anges ou démons,
Faites des filles ;
Nous les aimons.
Pour les pères, pour les amants,
Fille d’humeur folle ou sage
Ajoute aux charmes des beaux ans,
Ôte à l’ennui du vieil âge.
À leur cœur aussi nous tenons ;
Faites-en, faites-en de gentilles :
Qu’elles soient anges ou démons,
Faites des filles ;
Nous les aimons.
Pour Batyle aux fraîches couleurs
Quand Anacréon détonne,
Les Grâces arrachent les fleurs
Dont cet enfant le couronne.
Aux filles nous nous en tenons ;
Faites-en, faites-en de gentilles :
Qu’elles soient anges ou démons,
Faites des filles ;
Nous les aimons.
Mais pour quatre filles buvons
À toi, mari, qui nous aimes.
Pour nos fils nous te le devons ;
Que n’est-ce, hélas ! pour nous-mêmes !
À vos filles, oui, nous tenons ;
Faites-en, faites-en de gentilles :
Qu’elles soient anges ou démons,
Faites des filles ;
Nous les aimons.























