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L’Amant secret – Tristan L’Hermite

L’Amant secret – Tristan L’Hermite

DOVCE & paisible nuict, Deïté secourable,
Dont l’empire est si fauorable
À ceux qui sont lassez des longs trauaux du iour :
Chacun dort maintenant sous tes humides voiles,
Mais mal-gré tes pauots, les espines d’Amour
M’obligent de veiller auecque tes Estoiles.

Tandis qu’vn bruict confus regne auec la lumiere,
Ma paßion est prisonniere ;
Ie crains d’estre apperceu, i’ay peur d’estre escouté :
Il faut que ie me taise, & que ie dißimule,
Mais sous ton cours muet ie prens la liberté
D’entretenir les feux de celuy qui me brusle.

Ie dirois qu’auiourd’huy leur fatale puissance
Auroit trahy mon innocence,
Et forcé mon esprit d’aimer si hautement ;
N’estoit qu’en si beau lieu mon ame est enchainée,
Qu’on peut à voir mes fers iuger facilement
Que i’aime par raison plus que par destinée.
I’adore, ie l’aduouë, vne Beauté diuine
De qui la celeste origine
Condamne mes desirs de trop d’ambition :
Mais quoy ? de quelque erreur dont son esprit m’accuse,
Ses appas sont si doux, que iamais paßion
Ne fut si temeraire & si digne d’excuse.

Sa bouche & ses beaux yeux ont des traicts indomptables
Et des charmes ineuitables,
Il n’est rien de si doux, il n’est rien de si fort,
Ô Dieux ! qu’il m’est sensible en touchant sa loüange
De n’auoir en mes maux que le seul reconfort
De seruir vn Tyran qu’on prendroit pour vn Ange.

Mais que ce dur glaçon qu’elle porte dans l’Ame,
Resiste tousiours à ma flame,
Et que plus ie la prie elle m’exauce moins :
Ie luy veux conseruer vne ardeur si fidelle
Ne deussay-ie obtenir iamais rien de mes soins
Que la seule faueur de mourir aupres d’elle.

Cependant mille voix dont ma fin m’est predite
M’annoncent qu’il faut que ie quitte
Cét Obiect que ie sers avec si peu de fruit,
Destin, veille cesser de me faire la guerre,
Et monstre ta clémence à dißiper vn bruit
Qui m’est außi mortel qu’vn esclat de Tonnerre.

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