
L’humeur ingrate – Tristan L’Hermite

PAR la malignité d’vne Estoille inconnuë
Dont le pouuoir s’applique à me tyranniser ;
En adorant Philis, ie m’en fay mespriser,
Et plus mon feu s’accroist, plus le sien diminuë.
S’il faut qu’à s’augmenter sa froideur continuë,
À l’enuy de l’ardeur qui me vint embraser :
Ie ne croy pas iamais en auoir vn baiser,
Ny luy voir seulement vne main toute nuë.
Apres tant de souspirs & de pleurs respandus,
Apres tant de loisirs & de pas despendus
Voila ce que remporte vne amour si fidelle :
Et son ingrate humeur me reduit à tel point
Que mon dernier secret, pour me faire aimer d’elle,
Est de faire semblant que ie ne l’aime point.
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