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Chateaubriand – Gérard de Nerval

Chateaubriand – Gérard de Nerval

Au séjour des grandeurs mon nom mourra sans gloire,
Mais il vivra longtemps sous les toits de roseaux.
Devant quelque palais, regorgeant de richesses,
À regarder entrer et sortir les duchesses.
J’irai, je reverrai tes paisibles rivages,
Riant Meschacebé, Permesse des sauvages ;
J’entendrai les sermons prolixement diserts
Du bon monsieur Aubry, Massillon des déserts.
Ô sensible Atala ! tous deux avec ivresse
Courons goûter encor les plaisirs… de la messe !
Que dit à son amant, de plaisir transporté,
Cette prêtresse d’Astarté
Qui voudrait attirer le jeune homme auprès d’elle,
Et lui percer le cœur d’une flèche mortelle ?

— Beau jeune homme, dit-elle, arrête donc les yeux
Sur la tendre Abigail, que ta froideur opprime.
Je viens d’immoler la victime,
Et d’implorer la faveur de nos dieux.
Viens, que je sois ta bien-aimée.
J’ai suspendu ma couche en souvenir de toi ;
D’aloès je l’ai parfumée ;
Sur un riche tapis je recevrai mon roi.
Dans l’albâtre éclatant la lampe est allumée ;
Un bain voluptueux est préparé pour moi.

L’époux qu’on m’a choisi, mais qui n’a pas mon âme,
Est parti ce matin pour ses plants d’oliviers ;
Il veut écouler ses viviers ;
Sa vigne ensuite le réclame.
Il a pris dans sa main son bâton de palmier,
Et mis deux sicles d’or dans sa large ceinture ;
Il ne reviendra point que de son orbe entier
L’astre des nuits n’ait rempli la mesure.
Combien j’ai douce souvenance
Du joli lieu de ma naissance !
Ma sœur, qu’ils étaient beaux les jour
De France !

Te souvient-il que notre mère,
Au foyer de notre chaumière,
Nous pressait sur son cœur joyeux
Ma chère ?
Chateaubriand, pourquoi fuir ta patrie,
Fuir son amour, notre encens et nos soins ?
N’entends-tu pas la France qui s’écrie :
Mon beau ciel pleure une étoile de moins !
Va, sers le peuple, en butte à leurs bravades,
Ce peuple humain, des grands hommes épris,
Qui t’emportait vainqueur aux barricades,
Comme un trophée, entre ses bras meurtris.

Ne sers que lui. Pour lui ma voix te somme
D’un prompt retour après un triste adieu ;
Sa cause est sainte ; il souffre, et tout grand homme
Auprès du peuple est envoyé de Dieu.

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