
Raoul Dufy
En 1926, sur le quai de Honfleur, Raoul Dufy regarde courir une petite fille et comprend que l’esprit enregistre la couleur plus vite que le contour. De cette observation, il tire une manière : la couleur posée en larges bandes ou en taches, et le dessin jeté par-dessus, libre, sans s’y soumettre. C’est cette écriture qu’on reconnaît de loin, et qui domine ce mur de ports, de bateaux et de drapeaux.
Tout part du Havre, où il naît en 1877, second de onze enfants d’un comptable musicien amateur. Il suit les cours du soir de l’école des beaux-arts de la ville, s’y lie avec Othon Friesz, peint la plage de Sainte-Adresse rendue célèbre par Boudin et Monet. Au Salon d’automne de 1905, les toiles de Matisse le marquent : il se met à peindre avec Albert Marquet des rues pavoisées, des fêtes de village, des plages.
La plus ancienne toile de la salle, Le port du Havre (1906), date exactement de ce moment. Les fumées des bateaux y sont parcourues d’ondulations qui annoncent le Dufy à venir ; des taches blanches de hangars et de bateaux, quelques drapeaux français éclairent un ensemble encore un peu terne pour être tout à fait fauve. Il faut la regarder à côté des autres pour mesurer le chemin parcouru.
Car le mur saute ensuite vingt ans, par-dessus l’épisode cézannien de L’Estaque avec Georges Braque et les années passées à dessiner des tissus pour Paul Poiret et la maison lyonnaise Bianchini-Férier. On retrouve Dufy au milieu des années 1920, voyageur : Venise, San Giorgio Maggiore (1925) vient de sa découverte de l’Italie, et Nice, la baie des Anges (1927) des années où il vit à Nice avec sa femme, niçoise. Le site a confié cette baie à La mer en nous essaie des phrases de Jean-Michel Maulpoix. Entre les deux, Le Ponton et la plage du Havre (1926) le ramène à son port natal, l’année même de la leçon du quai de Honfleur.
Voiliers dans le bassin de Deauville et drapeau (1933) réunit dans un seul titre deux de ses motifs préférés, qui répondent aux régates qu’il peindra en séries. Le drapeau revient dans la dernière toile datée, La Fanfare du 14 juillet aux Champs-Élysées (1951) : près d’un demi-siècle après les rues pavoisées du Havre, Dufy, alors atteint depuis des années d’une polyarthrite douloureuse, peint encore la fête. Chahut céleste de Jean Richepin l’accompagne. Une toile sans date, Bateaux, complète la flottille.
Manquent ici l’immense Fée Électricité de 1937, les champs de courses, les orchestres et les ateliers. Il mourut à Forcalquier en 1953, en demandant qu’on ouvre les volets de sa chambre pour voir la montagne.

Voir les autres
Au long des quais – Louisa Siefert · Aube incertaine – Renée Vivien · Chant d’amour – Gérard de Nerval · En mer, en mer! – Théodore Hannon · Éternité – Jean Lorrain · Je voudrais un jour disparaître – Gabriel de Pimodan · La Perdrix – Anatole France · Lacrymæ rerum – Georges Rodenbach · Le Dauphin – Guillaume Apollinaire · Les Guetteurs d’Épaves – Théodore Botrel · Ma faute s’est couchée avec moi sous la terre. – Jean Aicard · Ma fortune a tourné comme l’ombre d’un arbre – Tristan Derème · Passages – Auguste Gilbert de Voisins · Paysage (I) – Auguste Gilbert de Voisins · Poème 216 – Pierre de Ronsard · Pour les remettre en gout des friandises qu'on y sert – Laurent Tailhade · Quand le livre où s’endort chaque soir ma pensée – Victor Hugo · Si tu savais - Robert Desnos · Sultan mahmoud – Théophile Gautier · Temps passés – Albert Tinchant





Pour aller plus loin
- Raoul Dufy, L’ivresse de la couleur, Hazan, 2022
- Raoul Dufy, Centre Pompidou, 2026
- La route bleue, Raoul Dufy en pays de Langres, Somogy, 2012
Guillain Méjane



















