
L’Hymnaire d’Adonis – Jacques d’Adelswärd-Fersen

Par les aurores d’or où l’herbe est endormie
Sous la rosée qui plut des lèvres de la nuit,
Par les aurores d’or où les chansons amies
Avec un bruit d’oiseaux s’éveillent dans les nids,
Je suis parti léger, plus léger qu’une chèvre,
À travers les labours et les bois frissonnants
Avec des bandeaux clairs et un arc en bois blanc,
Pour aller conquérir, jeune Adonis, ta lèvre !
J’entendais les appels des bergers et des fleurs,
— Les étangs traversés reflétaient ton sourire —
Et par endroits des chants modulés sur des lyres
Célébraient à eux seuls ta vivante douceur.
Je voyais des enfants comme moi, en murmure
Amour de tes statues où tu leur ressemblais ;
Ils t’offraient des lilas, des parfums et du lait.
Et tout cela errait, joli, dans la verdure.
Et le ciel infini, ce ciel des temples grecs,
Qui rend les Dieux plus beaux et chastes les prières,
Jetait sur tes croyants un voile en lumière
Où les cœurs crépitaient comme un feu de bois sec ;
Mais au soir triste et doux je revins plus fidèle,
Moins joyeux et plus calme, et j’avais dans mon cœur
Le ferment ignoré des divines douleurs
Dont tu sais conquérir tes esclaves rebelles :
Les champs laissaient au loin voltiger de l’oubli
Parmi les feux brillant sur les hautes montagnes ;
Un repos virgilien caressait la campagne
Et je me sentais pur et le mal aboli.
Les mythes anciens où régnait ton empire
Palpitaient dans ma chair surprise vaguement ;
J’aurais voulu mourir d’un baiser au moment
De ce soir triste et doux comme un premier délire !
C’est pourquoi me voici tout en pleurs à tes pieds,
À tes pieds plus soyeux que l’aile des colombes,
Et je t’offre mon cœur comme une coupe tombe
Lourde des fruits vermeils qu’a cueillis le berger.
Et je t’offre mes cris, mes rêves, ma prière
De faibles cris d’amour qu’on épelle en baisers,
Des rêves enfantins pareils au ciel rosé
Et ma bouche mouillée pour dire cet Hymnaire !






















