
Ma faute s’est couchée avec moi sous la terre. – Jean Aicard

Un moine sur sa tombe a voulu ce verset,
Et la pauvre Mion, ne sachant ce que c’est:
«Dieu parle! Il ne veut pas, dit-elle, que je meure!
Toute ma pauvre vie il faudra que je pleure!
Ah! maudit ce Noré!»–Ce nom lui revenant,
La raison de ses pleurs lui revient maintenant!
Et lui semble nouvelle! et l’étonne elle-même!
Et sa peine en augmente, et c’est ainsi qu’on aime.
Alors, offrant aux vents son foulard déchiré:
«Adieu! présent maudit! Souvenir de Noré!»
Il est en trois morceaux, le beau foulard de soie,
Écarlate, couleur de sang, couleur de joie!
«Pars au vent!» Un morceau déjà flotte dans l’air,
Le plus petit, qu’un souffle emporte vers la mer;
Un autre est déjà pris dans des touffes de lierre
Où, longtemps fatigué de pluie et de lumière,
Il ira, vienne avril, au fond de quelque nid,
Et déjà le troisième à la brise frémit
Dans la main de Mion qui pleure et le regarde,
Quand tout à coup: «Non, non! dit-elle, je te garde!»
Et quand elle eut baisé le morceau du mouchoir,
Vite en son sein le mit, craignant qu’on pût la voir.
Puis, suivant un grand coq qui passa devant elle
Avec toute sa cour qui glousse et bat de l’aile,
Sous la voûte en cailloux, bien rangés un par un
Dans ce couvent superbe où le marbre est commun,
–Car Cogolin est près, d’où vient la serpentine,–
Miette traversa les couloirs en ruine,
Et trouva dans la cour Briquet tout débâté,
La fontaine au milieu qui chantait la gaîté,
Un chien fauve, au retour de quelque chasse ardente,
Haletant et suant de sa langue pendante,
Des porcs sur un fumier, juste au bord de la cour
Où, s’ouvrant d’un côté tout entier,–à plein jour,–
Elle fait voir des dos et des dos de collines
Qui, formant vagues, vont jusqu’aux vagues marines,
Et la mer vaste, au loin, comme un miroir brisé,
Multipliant les feux de l’azur embrasé.
C’est midi. Les Arnaud attendaient sur leur porte.
–«Nous avons déjà pris ce que ton âne apporte.
Les chiens ont reconnu Briquet. D’où viens-tu, toi?»
On s’embrasse, on s’appelle; on demande pourquoi,
Comment, si l’on va bien là-bas?–«Et le compère?»
«Les beaux melons d’hiver!»–«Vous les aimez, j’espère!»
«Pardi! Mais toi, Mion, faut venir au printemps,
Quand la fraise est au bois!–Nous sommes tous contents!
Dînons!–Qu’as-tu Mion?–Mange, belle petite!»
Ah! si Mion pouvait s’en aller tout de suite!…
Mais non, il faut causer, rire d’un mot moqueur,
Manger et vivre, avec son agonie au cœur!
DEUXIÈME PARTIE























