
Kasimir Malevitch
En décembre 1915, à Pétrograd, Malevitch accroche à l’exposition « 0.10 » un ensemble de toiles qu’il appelle des « suprématies ». Parmi elles, un carré noir sur fond blanc, dont il fera l’emblème d’un nouvel art. Ce Carré noir n’est pas ici, mais sa famille l’est : Suprématisme et Formes (1915), Composition suprématiste (1916), Carré rouge sur fond noir (1920). Des formes simples, géométriques, d’une seule couleur, posées sur la toile pour dire l’espace infini et le jeu d’attraction et de rejet entre les formes : c’est tout le programme du suprématisme.
Le mur permet de voir d’où il vient et où il va. Né à Kiev de parents polonais, aîné d’une famille de quatorze enfants, dessinateur industriel pour les chemins de fer, Malevitch s’est formé presque seul, en regardant les avant-gardes et les collections moscovites de peinture française moderne. En 1912 et 1913, il peint des toiles cubistes et futuristes : Dame à l’arrêt du tramway (1913), accrochée deux fois, en est un exemple. Vivre dans un grand hôtel est de 1914, l’année d’Un Anglais à Moscou et de ses peintures « alogiques ». Entre-temps, il a dessiné pour l’opéra Victoire sur le soleil des costumes géométriques et des décors faits de toiles carrées ; c’est de là qu’il tire le fil qui le mène au carré.
Sur le site, ces formes pures rencontrent des textes inattendus : Suprématisme accompagne Pourquoi est-ce que tous tes poèmes sont personnels ? de Charles Bukowski, et Formes la page consacrée à Velimir Khlebnikov, qui voulait refaire la langue.
Après la Révolution, Malevitch est élu au soviet de Moscou, enseigne à Vitebsk à l’invitation de Chagall, puis à Pétrograd. Mais en 1929 le pouvoir le stigmatise pour son « subjectivisme » ; attaqué sans cesse par la presse, il perd ses fonctions et connaît même la prison. Les dernières toiles de la salle reviennent à la figure : Torse de femme et Cavalerie rouge (1928), puis Maison rouge (1932), prison aux murs aveugles qu’on lit comme une image de la souffrance russe. Regardez-la à côté du Carré rouge sur fond noir : la même couleur, douze ans plus tard, n’a plus le même poids. Malevitch meurt en 1935 à Léningrad ; son œuvre, condamnée, attendra les années 1970 pour être reconnue.










Guillain Méjane



















