
Velimir Khlebnikov — Il a voulu refaire la langue, et il est mort sur une paillasse

1885 — 1922
Moi papillon entré
dans la chambre de la vie humaine
il me faut laisser le paraphe de ma poussière
sur les fenêtres sévères
Moi papillon
Un papillon enfermé dans une pièce, qui s’épuise contre les vitres et laisse sa poussière d’aile en signature. C’est l’un des plus beaux poèmes russes du siècle, et il tient en quelques lignes.
Son auteur passait le reste du temps à calculer les lois mathématiques de l’histoire et à inventer une langue universelle.
Le futurisme russe
Il cosigne en 1912 Une gifle au goût public avec Maïakovski. Mais là où Maïakovski criait sur les estrades, Khlebnikov murmurait, perdait ses manuscrits, dormait où l’on voulait bien.
Il a inventé le zaoum — la « langue d’au-delà de la raison » —, faite de mots forgés sur des racines slaves, qui produisent du sens par leur seule sonorité. Ses camarades l’appelaient « le président du globe terrestre », titre qu’il s’était décerné lui-même.
Les nombres
Il a passé des années à chercher la loi qui régit les événements historiques, convaincu que les guerres et les révolutions revenaient selon des intervalles calculables. Il a prédit la chute d’un empire en 1917 dans un texte de 1912.
C’était de la numérologie, et il y croyait absolument. Cela fait partie de l’œuvre, comme les mandragores de Jarry.
1922
Guerre civile, famine, typhus, errance à travers la Russie et la Perse. Il est mort dans un village du Novgorod, à trente-six ans, paralysé et gangrené, sur une paillasse, dans une maison prêtée.
Ses manuscrits étaient dispersés dans des taies d’oreiller. On les a rassemblés pendant cinquante ans.
Choix de textes
- Moi papillon — Un papillon qui laisse sa poussière d’aile en signature. Quelques lignes.
- Quand les chevaux meurent, ils soufflent — Quatre vers sur ce que fait chaque espèce en mourant. Le plus cité.
- La loi des balancelles — Le mot « loi » est littéral : il cherchait vraiment des lois.
- Nuit remplie de constellations — L’astronomie et la numérologie se touchent chez lui.
- Des éléphants — Le bestiaire khlebnikovien, où les bêtes ne symbolisent rien.
- Venant à nous la liberté — Écrit dans les années de la révolution, sans slogan.
- Ici j’ai erré, enchanté — Il a erré toute sa vie, souvent sans manuscrits ni chaussures.
- Refus — Un mot, et une position qu’il a tenue jusqu’au bout.
- L’univers enfoncé — Le verbe est brutal, et c’est exactement le sien.
- Encore et encore — La répétition comme forme : le retour, encore, mais des mots cette fois.
Pour le lire
Une gifle au goût public (1912) — le manifeste futuriste, cosigné avec Maïakovski.
Zangezi (1922) · Les Tables du destin — la langue d’au-delà de la raison et les lois de l’histoire.
Nouvelles du Je et du Monde · Œuvres — les traductions françaises, chez Verdier et Flammarion.
Guillain Méjane






















