
Symbolistes et rêveurs
Une barque glisse vers une île au coucher du soleil ; un passeur la conduit, une silhouette en linceul se tient debout à côté de lui, et de hauts cyprès attendent entre les rochers. L’île des morts d’Arnold Böcklin, dont le peintre fit cinq versions entre 1880 et 1886, est l’image la plus célèbre de ce mur, et la plus juste pour y entrer. Le symbolisme est né en poésie, dans les années 1870, avant de gagner la peinture : Verlaine, Mallarmé, puis le manifeste de Jean Moréas en 1886. Il n’a pas de style commun, plutôt des humeurs partagées, le goût du rêve et de l’ésotérisme, un pessimisme tenace, une mélancolie générale, le refus du naturalisme. Rien d’étonnant à ce qu’il soit chez lui sur un site de poèmes.
Böcklin, Suisse formé à Düsseldorf et installé longtemps en Italie, est l’un des principaux représentants du symbolisme allemand ; les surréalistes le tiendront plus tard pour un précurseur. La Pierre tombale (1880) répond ici à L’île des morts. Sur ce site, l’île funèbre accompagne un poème de Tristan Derème au titre malicieux, Ô vous qui par le bout du nez me conduisîtes : le contraste vaut le détour. Franz von Stuck, qui s’est tourné vers la peinture sous l’influence de Böcklin et fut membre fondateur de la Sécession de Munich, apporte des Étoiles filantes (1912).
Le Suisse Ferdinand Hodler, entre réalisme, symbolisme et expressionnisme, a voulu libérer le paysage alpestre de toute anecdote et l’a construit selon un principe de parallélisme, surtout dans ses vues du Léman. Mettez côte à côte son Paysage au bord du lac Léman et son Paysage rythmique sur le lac Léman, tous deux de 1908 : c’est là que ce principe se lit le mieux. Il est présent aussi avec Le pic du Midi vu de Chesières (1897).
La France est représentée par Lucien Lévy-Dhurmer, né à Alger, longtemps céramiste à Golfe-Juan, qui exposa en 1896 avec les « Peintres de l’âme » : sa Nuit sur le lac (1910) et sa Scène vénitienne (1917) sont des rêveries d’eau. Autour d’eux, René Ménard et son Crépuscule sur le canal, le Belge Constant Montald et son Paysage de nuit (1916), La muse au lever du soleil d’Alphonse Osbert (1918), et quelques invités inattendus : Les Toits d’Ostende de James Ensor (1885) ou le Chat au clair de lune de Steinlen. Le mur est petit, presque tout en nocturnes et en crépuscules ; c’est une salle à regarder lentement, à la lumière basse.



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