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Pour tiridate. – Edmond Rostand

Pour tiridate. – Edmond Rostand

D’autres ayant parlé de leur gorge, je veux
Dire un mot de la mienne: elle est belle. Mes yeux
Sont violets le jour et noirs à la lumière;
Je suis d’un blond hardi, ma grâce est singulière,
Et ma bouche n’est pas des plus petites… mais
De plus perlière
On n’en vit jamais.
Ma beauté, dès quelle se montre,
Peut ne pas mettre tout en feu,
Mais par la suite il s’y rencontre
Un agrément à quoi l’on résiste assez peu.
J’aime le bal, j’aime le jeu,
Et je…

Sa plume court, moulant le J des JE!
Son petit moi ne lui semble pas haïssable,
Et, lorsqu’elle est au bas d’une page, elle sable,
Tourne, et sur le verso cherche à se peindre encor;
Et, lorsqu’elle relit son œuvre écrite en or,
–L’encre ayant retenu la poudre s’est dorée,–
Elle ne laisse pas d’être un peu déferrée,
Car elle s’aperçoit qu’en ce portrait promis
A Tiridate, et fait pour lui seul, elle a mis
Les choses qu’elle sait qui plaisent à Phylante.

X

LA TOILETTE (suite et fin)

Alors elle revient, nerveuse, querellante,
A son ajustement; accuse de lenteur
Ses femmes; lance en l’air des sachets de senteur;
Avant d’en choisir deux chiffonne vingt manchettes;
Fait coudre des rubis dans toutes les bouffettes;
S’encadre d’un beau col aux grands festons coquets
(Comme n’en portent plus qu’en papier les bouquets!)
Interroge un miroir, sourit de sa réponse,
Et tourne.

Justaucorps d’argent. Chou qui se fronce,
Rouge, entre les deux seins. Perles rondes au cou.
Et qu’est-ce qui descend du collier vers le chou?
C’est une perle en poire au bout d’un fil… rien qu’une:
Lourde et longue, elle a l’air d’une larme de lune.
Doralise est donc prête, et, debout, se gantant,
Hésite entre le masque et le voile, un instant.
L’ennuyeux, dans le masque, est ce bouton de verre
Que pour le maintenir entre les dents on serre:
On ne peut plus parler. Mais le délicieux,
C’est tout ce noir que l’on se met autour des yeux,
Ce noir qui donne un air de malice fantasque.
Le voile est plus commode: elle choisit le masque
Et sort.

Et la voilà qui trotte. A ses côtés
Trottine sa duègne. Et de ses doigts gantés,
De ses doigts dont les bouts se retournent en griffes
(Les gants trop longs leur font des ongles apocryphes),
Elle relève un peu sa jupe de tabis,
Et, laissant les passants derrière elle ébaubis,
Elle montre qu’elle a des bas verts à coin rose.
Car j’ai lu quelque part, dans un auteur en prose,
Et ne suis pas fâché de vous apprendre en vers
Que les bas-bleus alors portaient tous des bas verts.

XI

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