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Jules Supervielle — Un homme entre deux continents, et qui vivait avec son cœur

Jules Supervielle — Un homme entre deux continents, et qui vivait avec son cœur

1884 — 1960

C’est beau d’avoir élu
Domicile vivant
Et de loger le temps
Dans un cœur continu,

Hommage à la vie

« Loger le temps dans un cœur continu » : la phrase est belle et elle est médicale. Supervielle avait le cœur malade depuis toujours ; il l’entendait battre, il craignait qu’il s’arrête, il en a fait le sujet de son œuvre.

Rien chez lui n’est métaphorique par confort. Quand il parle du corps, il parle du corps.

Montevideo, Paris

Né en Uruguay de parents français, orphelin à huit mois — ses deux parents morts la même semaine —, élevé par un oncle en croyant que c’étaient ses parents. Il l’a appris à neuf ans.

Il a passé sa vie à traverser l’Atlantique, jamais tout à fait français ni tout à fait uruguayen. Cela donne à sa langue une politesse un peu étrangère, une lenteur de quelqu’un qui choisit ses mots.

Une mythologie douce

La Fable du monde (1938) raconte la création par un Dieu hésitant, qui doute de son ouvrage et parle aux hommes comme un vieil homme fatigué.

C’est sa manière : prendre les grands sujets — Dieu, la mort, l’univers, la mer secrète — et les traiter à voix basse, sans jamais élever le ton. Les surréalistes, ses contemporains, faisaient exactement l’inverse.

« La goutte de pluie », « Ce peu », « Encore frissonnant », « Survivre » : les titres disent l’échelle. Il travaille en petit sur des choses immenses.

La guerre, et l’exil

Ruiné en 1929 par la faillite de la banque familiale, il est resté en Uruguay pendant toute la guerre, coupé de la France. Il y a été nommé attaché culturel, ce qui l’a fait vivre.

Il est mort à Paris en 1960, élu « prince des poètes » deux ans plus tôt par ses confrères.

Choix de textes

  • Hommage à la vie — « Loger le temps dans un cœur continu. » La phrase est belle et elle est médicale.
  • La Fable du monde — La création par un Dieu qui doute et parle comme un vieil homme fatigué.
  • La mer secrète — Une mer que personne ne regarde et qui continue. Son plus beau poème.
  • Vivre — Un infinitif pour titre, chez quelqu’un que son cœur menaçait.
  • Survivre — L’autre versant du précédent, et la nuance est tout le poème.
  • Cœur — L’organe, pas le symbole. Il ne parlait jamais par confort.
  • La goutte de pluie — Travailler en petit sur des choses immenses : c’est sa méthode.
  • Ce peu — Deux mots, et il ne cherche pas à en faire davantage.
  • Prophétie — Il annonce la disparition de la Terre, à voix basse.
  • Encore frissonnant — L’homme qui revient d’ailleurs — il l’a fait toute sa vie.

Pour le lire

Le Forçat innocent — l’édition disponible aujourd’hui.

Gravitations (1925) · Le Forçat innocent (1930) · La Fable du monde (1938) · Oublieuse Mémoire (1949).

L’Enfant de la haute mer (1931) — les contes, aussi beaux que les poèmes.

Guillain Méjane

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