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Tristan Corbière — Mort inconnu à vingt-neuf ans, exhumé par Verlaine

Tristan Corbière — Mort inconnu à vingt-neuf ans, exhumé par Verlaine

1845 — 1875

Ne m’offrez pas un trône !
À moi tout seul je fris,
Drôle, en ma sauce jaune
De chic et de mépris.

Bohême de Chic

Il a publié un seul livre, Les Amours jaunes, en 1873, à compte d’auteur. Il s’en est vendu quelques exemplaires. Il est mort deux ans plus tard, à vingt-neuf ans, absolument inconnu.

Neuf ans après, Verlaine ouvre ses Poètes maudits par lui — avant Rimbaud, avant Mallarmé. C’est ce geste, et lui seul, qui l’a sauvé.

Roscoff

Fils d’Édouard Corbière, marin et romancier à succès, il grandit à Morlaix puis vit à Roscoff, malade, difforme, avec un rhumatisme articulaire qui lui a tordu le corps. Il se donne le nom de Tristan et l’allure d’un épouvantail, se promène avec un chien nommé Tristan lui aussi, se moque de tout et d’abord de lui-même.

La Bretagne de ses poèmes n’a rien à voir avec les coiffes et les calvaires : ce sont des matelots, des mendiants, des pardons, une rudesse sans folklore.

La syntaxe cassée

Ce qui l’a rendu inaudible en 1873 est exactement ce qui le rend moderne : il casse le vers, coupe la phrase par des tirets, entasse les jeux de mots, change de ton au milieu d’une ligne. « À moi tout seul je fris, drôle, en ma sauce jaune » — c’est presque du parlé, c’est presque une insulte, et cela tient debout.

« Chanson en Si » enfile des hypothèses absurdes — si j’étais faucon, taureau, vampire, geôlier, rat — avec une rapidité que personne n’avait avant lui. On comprend que T. S. Eliot et Pound, qui l’ont lu par Verlaine, y aient trouvé de quoi travailler.

Le mépris comme méthode

Son ironie n’est jamais gratuite : elle est une manière de parler de soi sans s’attendrir, quand on a un corps qui ne va pas et qu’on écrit sans lecteur.

Quatre-vingt-dix-huit pièces ici, de l’homme qui a payé pour être imprimé et qui n’a rien vu venir.

Choix de textes

Pour le lire

Les Amours jaunes (1873) — son seul livre, publié à compte d’auteur, invendu.

Verlaine, Les Poètes maudits (1884) — le chapitre qui l’a exhumé, neuf ans après sa mort.

T. S. Eliot et Ezra Pound l’ont lu par ce chemin, et s’en sont servis.

Guillain Méjane

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