
Maurice Vaucaire — Le poète qui a donné sa langue à Puccini

1863 — 1918
Le ciel est morne, il va pleuvoir ;
Si tu le veux, ma vicomtesse,
Nous chanterons jusqu’à ce soir
Pour dissoudre cette tristesse…
Le ciel est morne, il va pleuvoir
Secrétaire d’un directeur de chemins de fer — un emploi qui laisse du temps —, il a produit huit recueils de poèmes, dix-huit romans, dix-huit pièces et dix livrets d’opéra. C’est la définition même de l’homme de lettres de la Belle Époque : partout, prolifique, et aujourd’hui invisible.
Les mots des autres
Sa vraie spécialité était de donner des mots français à la musique. C’est lui qui a adapté pour la scène française Manon Lescaut et La Fanciulla del West de Puccini — travail d’orfèvre ingrat, où il faut que chaque syllabe tombe sur la note juste sans trahir le sens.
Il a aussi écrit des chansons, dont « Les Petits Pavés » avec le compositeur Paul Delmet, qu’on a chantée dans toute la France. Et l’une des siennes, La Chanson du cœur brisé, est devenue aux États-Unis un succès considérable sous le titre Song of Songs.
Les poèmes
Ce que le Vagabond garde est plus intime. Ce sont des pièces courtes, souvent adressées, d’une mélancolie légère qui n’appuie jamais. « Hors la douleur, l’amour ne donne pas grand-chose » : le vers est d’une amertume tranquille, et le poème qui suit ne la commente pas.
Il a le sens du décor urbain — une impasse étroite où penchent des maisons, un balcon de pierre un soir d’été — et celui de la conversation. On l’entend parler.
Une postérité de côté
Son fils Michel Vaucaire sera parolier à son tour, et écrira notamment les mots d’une chanson que le monde entier connaît : « Non, je ne regrette rien ».
Le père est mort à Neuilly en 1918, à cinquante-quatre ans, chevalier de la Légion d’honneur et deux fois primé par l’Académie. Personne ne le lit plus.
Choix de textes
- Le ciel est morne, il va pleuvoir — Chanter jusqu’au soir pour dissoudre la tristesse. Le programme tient en quatre vers.
- Hors la douleur, l’amour ne donne pas grand’chose — Une amertume tranquille, énoncée puis laissée sans commentaire.
- Dans une impasse étroite où penchent des maisons — Le décor urbain posé en un vers, à la manière d’un décorateur de théâtre.
- Toi qui sais lire dans ma main — Une adresse, forme qu’il pratiquait mieux que personne.
- Si vous voulez, je vais vous dire — Le ton de la conversation. On l’entend parler, littéralement.
Pour le lire
Arc-en-ciel (1883) · Petits chagrins (1901) — parmi ses huit recueils.
Adaptations françaises de Manon Lescaut et de La Fanciulla del West de Puccini.
« Les Petits Pavés », avec Paul Delmet — la chanson qui a survécu à son nom.
Guillain Méjane


















