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Femme aux bijoux – Maurice Magre

Femme aux bijoux – Maurice Magre

Un piano bleuté
Couleur de nuit d’été,
Des tentures mauves
En velours byzantin,
Des bijoux, des écrins,
Sur des peaux de fauves,

Du feu, des miroirs froids,
De vieux panneaux chinois,
Des cuivres, des laques…
Dans un vase en cristal
Se mêlent le santal
Et la sandaraque…

Les rideaux sont épais,
Le jour ne luit jamais,
C’est le lieu que j’aime…
Et sur ton ventre impur
Tu fais couler l’azur,
Le grenat des gemmes.

Ah! laisse à tes genoux
Ce ruisseau de bijoux,
Ce torrent de bagues,
Car il n’est de saphir
Qui vaille un souvenir
Dans tes grands yeux vagues.

Je préfère aux anneaux
Sculptés dans les métaux,
Aux splendides chaînes,
Aux perles par milliers,
L’invisible collier
Tressé de mes peines.

Sa forme et sa beauté,
Ni ce qu’il m’a coûté
Afin qu’il existe,
Tu ne sais pas cela.
Tes yeux ont plus d’éclat
Lorsque je suis triste.

Voir tes yeux noirs verdir
Est mon plus cher plaisir
Et tous les topazes
Semblent moins orangés
Que ton corps allongé
Sans turban, ni gaze.

Aussi voici ce soir
Le collier aux grains noirs
Que seuls mes yeux voient.
Des perles de mes pleurs,
Du fil de mes douleurs,
Tu feras ta joie.

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