
Le collier de turquoises – Maurice Magre

Elle vint à minuit, chaude, décolletée,
Par les parfums, les vins et l’orchestre excitée,
Et des odeurs de bal traînant dans ses cheveux.
Elle enchanta l’appartement silencieux,
Elle fuma, sauta dans les grands divans vides
Et puis se dévêtit, languissante et splendide,
Riant impudemment d’un rire provocant.
Elle donnait le goût de mordre en la vainquant.
Elle n’avait gardé qu’un collier de turquoises
Mais demeura, sans que ses beaux bras se décroisent
Sur ses seins durs, avec un brin de mimosa
Dans sa bouche et pour s’amuser se refusa.
Les abat-jour de soie avaient des ombres vertes
Et j’allai m’accouder à la fenêtre ouverte,
Le sang de mon désir à mes tempes battant.
Alors Paris chanta dans la nuit de printemps,
Rêves des boulevards et mystères des chambres,
Tant de femmes au fond des lits tordant leurs membres!
Le mimosa tomba des lèvres, le beau corps
Vint frissonner contre le mien… Je dis alors,
Écartant cette peau qui sentait la framboise:
«Les bijoux vous vont mal…» Elle ôta ses turquoises.























