
Louis Fréchette — Le Hugo du Canada français, et il le voulait

1839 — 1908
Quand, sur nos plaines blanches,
Le givre des hivers
Commence à fondre aux branches
Des sapins toujours verts ;
Les Oiseaux blancs
En 1880, l’Académie française décerne un prix Montyon à un recueil intitulé Les Fleurs boréales. C’est la première fois qu’un Canadien est couronné à Paris, et cela fait de Louis Fréchette, du jour au lendemain, le poète national du Canada français.
Une ambition assumée
Il n’a jamais caché son modèle. La Légende d’un peuple, en 1887, est une histoire du Canada français en vers, de Cartier aux patriotes de 1837 — c’est-à-dire la Légende des siècles de Hugo transposée à un pays de quelques millions d’habitants.
L’ambition prête à sourire ; elle a produit exactement ce qu’elle visait. Un peuple sans État s’est trouvé une épopée, et l’on a récité ces vers dans les écoles pendant trois générations.
Journaliste et bagarreur
Avocat, journaliste, député libéral, exilé un temps à Chicago où il fonde des journaux, il a passé sa vie à ferrailler — contre le clergé, contre les conservateurs, contre les censeurs. Ce n’était pas un poète de cabinet.
Cela s’entend dans ses vers de circonstance, nombreux et vifs, et dans ses adresses : à Pamphile Lemay, à Longfellow, à son filleul. Il écrivait à des gens.
L’hiver, et ce qui le suit
Ses meilleurs poèmes sont ceux du pays lui-même. « Les Oiseaux blancs » regarde le givre fondre aux sapins et les premiers oiseaux revenir — c’est la seule chose qui compte quand on a passé six mois sous la neige, et il le dit sans emphase.
Il est mort à Montréal en 1908. Soixante-seize pièces ici, d’un homme qui a voulu être un monument et qui est meilleur quand il ne l’est pas.
Choix de textes
- Les Oiseaux blancs — Le givre qui fond, les premiers oiseaux. Ce qui compte après six mois de neige.
- Le Drapeau fantôme — Le drapeau français disparu d’Amérique. Le grand thème de La Légende d’un peuple.
- Un soir à bord — Le Saint-Laurent, et un homme sur un pont. Sans épopée.
- Sous les ormes — L’intimité d’un paysage familier, où il est à son meilleur.
- À Henry W. Longfellow — Au poète américain d’Évangéline, qui avait chanté les Acadiens avant lui.
- À M. Pamphile Lemay — L’épître à un confrère québécois. Il écrivait à des gens.
- Jean Sauriol — Un portrait d’homme du peuple, dans la veine de ses contes.
- Premières saisons — L’enfance et le cycle de l’année, sujets qu’il n’a jamais quittés.
- À mon filleul — Le poème de circonstance, forme où il excellait sans y prétendre.
Pour le lire
Les Fleurs boréales (1879) — couronné par l’Académie française en 1880, une première pour un Canadien.
La Légende d’un peuple (1887) — l’histoire du Canada français en vers, sur le modèle avoué de Hugo.
Originaux et détraqués (1892) — les contes en prose, souvent meilleurs que l’épopée.
Guillain Méjane























