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L’inconnu familier – Maurice Magre

L’inconnu familier – Maurice Magre

Les meubles de ma chambre étaient tous à leur place,
La lampe à la clarté tamisée, un peu lasse,
Le livre ouvert, le lit compagnon blanc et nu.
Mais au fond du miroir marchait un inconnu.
Il était plus âgé que moi. Sur son visage
La tristesse et le mal avaient fait leurs ravages.
Ses yeux étaient brillants, un peu faux et glacés.
Il semblait revenir des pays du passé…
Il n’avait pas l’air bon. Il grisonnait aux tempes.
Et lorsque je voulus baisser un peu la lampe
Pour le voir moins, je vis qu’il la baissait aussi.
Ah! nous devrions pourtant ainsi que deux amis
Sincères, se trouvant après un long voyage,
Compter les actions mauvaises, le bagage
De bien et les regrets que l’on a rapportés.
Mais non, on ne veut pas, c’est triste de compter.
Le bagage de mal est si pesant et l’autre
Si léger! Mes chagrins et mes plaisirs, les vôtres
Valent-ils que tous deux nous en parlions ce soir?
Non, je ne dirai rien à l’homme du miroir…
L’on rentre, l’on est las. C’est tard, on se rappelle…
Le lit est trop étroit… Le miroir trop fidèle…
L’on voudrait tant penser à celui qu’on n’est plus!
Il ne faut pas… Laisse le livre à demi lu,
Et laisse les remords autour de toi qui rampent…
Pauvre homme, couche-toi, éteins vite la lampe.

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