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Hélène Picard — Celle qui a écrit un seul poème d’amour, cent fois

Hélène Picard — Celle qui a écrit un seul poème d’amour, cent fois

1873 — 1945

Le jardin est, ce soir, si mystique, si beau…
Le feuillage est penché sous le souffle de l’eau,
Le puits est débordant d’astres et de mystère,

Extase

Ouvrez le corpus au hasard : « Paroles au bien-aimé », « Hymne au bien-aimé », « Le Bien-Aimé », « Le désir d’aimer », « Le triomphe de l’amour », « La plus douloureuse », « Vous m’oublierez ».

Une centaine de poèmes, un seul sujet, et pas un instant de lassitude. C’est un exercice rare : tenir toute une œuvre sur une seule note et la faire vibrer différemment à chaque fois.

Toulouse, puis Colette

Née à Toulouse en 1873, elle publie ses premiers livres dans les années 1900 et obtient une vraie reconnaissance. Puis elle devient l’amie et la secrétaire de Colette, au journal Le Matin — l’une des rares personnes dont Colette ait parlé avec une tendresse sans réserve.

Colette lui a consacré des pages magnifiques, en particulier sur les dernières années : Hélène Picard, malade, presque immobilisée, refusant les visites, vivant seule dans un petit appartement rempli de bibelots, et continuant d’écrire.

La grande lamentation

Sa poésie appartient à un moment précis — le lyrisme féminin des années 1900-1920, celui d’Anna de Noailles et de Lucie Delarue-Mardrus — que la critique a balayé d’un mot en le traitant de romantisme attardé.

Il faut se déprendre de ce mépris. « Extase » installe un jardin du soir, un puits débordant d’astres, la neige des sureaux — et le poème n’explique jamais ce qu’il y a d’extatique. Il le fait sentir par la seule accumulation, et cela fonctionne.

Elle est morte en 1945, à soixante-douze ans, dans l’oubli. Cent cinq pièces ici, qui sont probablement le plus grand ensemble accessible de son œuvre.

Choix de textes

  • Extase — Un jardin du soir, un puits débordant d’astres. Elle n’explique jamais, elle fait sentir.
  • Paroles au bien-aimé — Le titre revient dix fois dans son œuvre, et jamais le même poème.
  • Je souffre — Deux mots pour titre. Il n’y a pas de pose là-dedans.
  • Le désir d’aimer — Le désir avant l’objet — nuance qui la distingue de ses contemporaines.
  • Le triomphe de l’amour — Le versant solaire, plus rare chez elle qu’on ne croit.
  • Vous m’oublierez — Elle avait raison, et le poème le savait déjà.

Pour le lire

L’Instant éternel (1907) · Les Fresques (1908) — la reconnaissance de ses débuts.

Pour un mauvais garçon (1927) — son livre le plus libre.

Colette lui a consacré des pages d’une tendresse sans réserve. Aucune édition courante à ce jour.

Guillain Méjane

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