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Le pavot noir – Maurice Magre

Un parc la nuit, József Rippl-Rónai (1893)

Tableau : Un parc la nuit, József Rippl-Rónai, 1893

Jamais aucun baiser ne me fut plus cruel que celui qu’elle me donna
devant la porte du jardin en me disant qu’elle était triste de me
quitter jusqu’au lendemain et qu’elle m’aimerait toujours.

Une marchande de dahi passait dans la rue avec ses paniers d’osier. Des
enfants dans la poussière se disputaient un morceau de camphre. Et je
voyais sa joie de partir qui se dégageait d’elle comme un ange muet
habillé de mensonge.

Jusqu’à demain sans te voir! dit-elle encore. Sa robe faisait un bruit
soyeux de mousselines neuves. Que vas-tu faire en m’attendant? Elle
s’est éloignée à petits pas, sans hâte apparente. Je l’ai suivie des
yeux, j’ai cueilli un pavot noir et je suis rentré.

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