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Le Faune – Alexandre Macédonski

Le Faune – Alexandre Macédonski

Tout au fond de mes yeux aux abîmes profonds,
Accroupi guette un faune éternellement fauve,
Et pervers, son penser, monte par petits bonds
Vers la candeur de fleur, blanche gloire d’alcôve,
Qu’impudique il enlace et crible de frissons
Tout au fond de mes yeux aux abîmes profonds.

D’or pur d’abord, son verbe est musique suave,
Un hymne clair et frais qu’on épelle à seize ans,
Mais que l’ange soit maître, on le sert en esclave,
Et ce n’est plus qu’un Djin dans le reflux des sens,
Rouge enfer de tourments que nul être ne brave…
D’or pur d’abord, son verbe est musique suave.

Le temps s’écoule en vain. Tu règnes forcené,
Mal affreux jubilant au fond de nos prunelles,
Et c’est pour te faire vivre en satrape effréné
Que se rive notre âme aux angoisses mortelles…
Ah ! triomphe de faune !… instinct irraisonné,
Le temps s’écoule en vain… Tu règnes forcené.

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